mercredi 21 décembre 2011

Tron


Fiche du film :
Réalisateur : Steven Lisberger
Scénaristes : Steven Lisberger et Bonnie MacBird
Année : 1982
Genre : Science-fiction / Action
Acteurs principaux : Jeff Bridges, Cindy Morgan, Bruce Boxleitner, David Warner
Résumé : Flynn, un programmeur de talent viré d'une entreprise, veut retourner dans les bureaux de celle-ci pour retrouver un fichier qui prouvera qu'il est bien le créateur d'une série de jeux-vidéos dont on lui a volé la paternité. Une fois sur place, l'ordinateur hyper-développé de la société piège Flynn en le transférant à l'intérieur de ses circuits. Le génie de l'informatique va devoir non seulement retrouver le fichier dont il a besoin, mais aussi se battre pour sa vie, contre des programmes qui veulent sa peau.

Avis sur le film :
A la sortie de la suite, Tron legacy, aux informations télévisées était montré ce à quoi ressemblait un ordinateur à l'époque, pour voir sur quoi ont été fait les effets spéciaux du premier film.
Rien qu'en voyant ceux sur quoi l'équipe de Tron a bossé pour une bonne partie du long-métrage, je dirais que ça mérite un respect éternel.
Tron est un film audacieux rien que pour le fait que ses FX soient réalisés sur ordinateur à une époque où le matériel était loin d'être aussi perfectionné et facile à utiliser qu'aujourd'hui, mais en plus de ça on nous plonge directement dans un univers vaste qui m'impressionne juste en pensant au temps que ça a dû prendre pour le composer, et ce dès le générique de début. C'est à dire qu'on pourrait penser que l'équipe en est restée au strict nécessaire pour s'épargner du boulot en plus, mais non, avant que le film en soit ait démarré, on a déjà la modélisation d'un décor de dingues. Et je pensais que les scènes dans l'ordinateur ne serait qu'une partie du film, mais non, elles composent la majorité de celui-ci.
Je suis impressionné par la création des décors, des costumes, des véhicules, ... mais ce qui m'a stupéfait, c'est qu'avec des images fabriquées de toutes pièces, lors de la compétition de "lightcycles", il y a un vrai sentiment de vitesse et un suspense qui se créent, alors même que tout ce qu'on voit est le défilement à toute allure d'un décor qui n'existe pas.

 
Je trouve que Tron est audacieux aussi, car en 1982, c'est un film qui considère l'informatique comme un sujet à partir duquel on peut faire un film grand public, en transformant l'intérieur de ces appareils en un monde, ses composants en bâtiments, et ses programmes en personnages. Des nerds ont dû fantasmer en s'imaginant l'intérieur d'un ordinateur doué de vie propre, et ils en ont fait un film, alors même qu'à l'époque les gens ne devaient pas du tout savoir de quoi ils parlent. Si de nos jours je comprends certains termes, une grande partie du jargon informatique reste inconnue pour moi, donc j'imagine qu'à l'époque c'était encore pire.
Mais les choses ne semblent pas compliquées longtemps, et tout est assez simplifié de façon à oublier ce que chaque terme signifie exactement, ce qui compte c'est ce qu'on voit une fois dans l'ordinateur, chaque élément électronique étant assimilé à quelque chose qui existe dans notre monde.
Evidemment, Tron ne serait pas impressionnant visuellement si à la base il n'avait pas son propre univers composé avec clarté. Même s'ils s'appuient sur ce qui existe déjà, les scénaristes ont assez d'imagination. Par exemple, quand un programme se fait frapper, sa souffrance est représentée par une pixellisation de son visage ; c'est amusant.
Dans une phrase qui serait du genre "il pense que...", un programme ne dit pas à un autre que l'ordinateur "pense", mais qu'il "calcule".

 
Au bout d'un moment, on en oublie l'informatique, ce qu'on voit forme son univers propre, qui ne correspond pas forcément à quelque chose de concret. Par exemple, les personnages trouvent de l'eau, et la désignent en fait comme une "pure source of power". Qu'est ce que c'est exactement ? Je ne sais pas, et finalement je m'en fiche, j'ai trouvé l'idée ainsi que sa concrétisation visuelle charmante.
De toute façon, s'il fallait chercher la logique, il faudrait arrêter de regarder Tron dès le départ. C'est une allégorie. Une allégorie de ce qui se passe dans un ordinateur, et qui prend ses propres libertés en fonction de l'imagination des scénaristes.
Les programmes sont représentés par des humains, et le Master Control Program, en gros le programme qui dirige l'ordinateur, est un tyran qui les commande. Les utilisateurs de l'ordinateur sont comme des dieux, qui ont le pouvoir de créer les programmes, les modifier, les utiliser, etc. Des programmes croient en ces dieux, et dans ce cas-là, le MCP les fait participer à des jeux jusqu'à la mort, à moins qu'ils se convertissent.
En somme, c'est l'ère des martyrs de la chrétienté dans un contexte de SF, à l'intérieur d'un ordinateur.
Les scénaristes ont doué les programmes d'émotions, il y en a un par exemple qui est content d'avoir travaillé pour une compagnie d'assurance. Au début il n'y a que des hommes, ce qui est normal car un programme n'est pas censé être sexué (c'est le cas s'il n'y a rien d'autre que des hommes), mais voilà qu'arrive une femme vers 1h de film. Je suppose que ça n'aurait pas plu à Disney si deux programmes asexués avaient une relation amoureuse, étant donné qu'ils devraient être joués par des personnes du même sexe. La majorité du public n'aurait pas compris qu'il n'y a pas principe d'hétéro ou d'homosexualité, ce sont des programmes après tout.
Il y a aussi une sorte d'animal de compagnie d'un programme, un "bit", un petit bidule qui se promène dans les airs en n'étant capable de donner qu'une réponse positive ou négative à une question. Excellent.


Bon, il y a quelques incohérences : pourquoi l'homme de la compagnie utilise dans son super-ordinateur des vaisseaux qui viennent d'un jeu vidéo ? Pourquoi est-ce que l'homme qui ne semble pas apprécier Flynn, mais va le voir en étant un peu forcé par sa copine, décide carrément de l'aider juste après que Flynn ait simplement raconté qu'il s'est fait voler ses programmes de jeu-vidéo ? Il n'est pas obligé de le croire.
Et lorsque l'ordinateur transfère Flynn, comment fait-il pour récupérer la partie de son dos caché par le dossier du siège ?
Pour une fois je m'en fiche un peu ; il est vrai que Tron brille plus par son univers visuel que pour son scénario qui en reste à des choses simples, mais ça n'est pas dérangeant, et en voyant le film je n'ai pas ressenti un quelconque manque du côté de l'histoire, peut-être car ça passe bien grâce au spectacle.
Je retiens tout de même comme bonne idée du côté de l'écriture cette réplique : "Programs will start to think and people will stop". Preuve qu'on y pensait déjà à l'époque. Cette critique n'est pas tellement exploitée par la suite, et ce n'est pas l'enjeu du film de toute façon, sans quoi il serait parti sur une autre voie bien plus pessimiste. Mais on peut tout de même remarquer qu'alors que l'ordinateur contrôlé par le MCP est censé être du côté de son utilisateur, lui-même opposé à Flynn, le MCP se retourne contre lui en le menaçant de divulguer les informations que Flynn recherche. Comme quoi l'ordinateur en vient à manigancer contre les hommes, et à se retrouver au-dessus des deux partis qui s'opposent.
Les scénaristes ont donc quand même pensé à certaines choses qui font passer Tron au niveau supérieur. A remarquer par exemple : dans la scène de fin, les lignes formées par les rambardes, et les cercles concentriques de la piste d'atterrissage de l'hélicoptère, qui font forcément penser à ces mêmes formes dans l'intérieur de l'ordinateur, surtout qu'on y a passé plus d'une heure.

Bande-annonce VO :

jeudi 15 décembre 2011

Bad biology


Fiche du film :
Réalisateur : Frank Henenlotter
Scénaristes : Frank Henenlotter et R.A. Thorburn
Année : 2008
Genre : Horreur / Drame / Comédie
Acteurs principaux : Charlee Danielson, Anthony Sneed
Résumé : Jennifer est une femme à 7 clitoris qui consomme les hommes comme certains consomment du fast food. Mais si elle est nymphomane, c'est par un besoin physique imposé par son vagin mutant. Elle finit souvent par tuer ses partenaires, plus ou moins accidentellement, mais il se peut qu'elle ait trouvé l'âme soeur en la personne de Batz, un homme au sexe démesuré qui a sa propre conscience.

Avis sur le film :
C'est après avoir vu Frankenhooker il y a un ou deux ans que je me suis un peu plus penché sur la carrière de ce dément qu'est Frank Henenlotter, un réalisateur peu productif mais assez culte, à qui on doit Frères de sang (Basket case) et Elmer le remue-méninges (Brain damage). Je ne sais plus si j'avais déjà vu Basket case avant ou non, mais je crois bien que c'est après celui-là ou Frankenhooker que je me suis intéressé davantage à la carrière de ce monsieur. J'ai regretté que son dernier film en date, Bad biology, réalisé 14 ans depuis son dernier (Basket case 3) ne soit pas disponible en France.
Enfin, c'était avant de découvrir qu'en fait, dans l'hexagone, on le connaît sous le titre vraiment déplacé de "Sex addict", dont j'avais vu la pub pour le DVD sur le site Ohmygore. Bon, c'est quand même moins cool d'acheter un film nommé ainsi plutôt que "Bad biology".
Malgré les avis assez négatifs que j'avais lu, dont un sur IMDB qui disait qu'il y avait tous les ingrédients d'un Henenlotter d'antan sans que ce soit aussi bien, j'avais bien envie de voir ce film, toujours marqué par le réjouissant délire qu'avait été Frankenhooker. D'ailleurs ça doit être le seul qui m'ait plu bien comme il faut, car je n'avais pas trop aimé Basket case, et été assez déçu par Brain damage.

 
Si visuellement, avec les avancées technologiques concernant la vidéo, ce Henenlotter du nouveau millénaire s'écarte de ses prédécesseurs, c'est vrai qu'on retrouve pas mal de thèmes du réalisateur, aussi courte qu'ait été jusque là sa carrière. Il y a une ambiance un peu similaire, mais aussi des ressemblances de par les scènes de sexe bizarres et le garçon qui est soumis à une partie de son corps qui est "autre", comme dans Brain damage, et le fait que pendant que le personnage rêve, une part de lui s'échappe pour forniquer, comme dans Basket case. Et comme dans ce dernier film, on retrouve aussi un passage en stop-motion, qui laisserait presque à penser qu'on n'a pas trop avancé dans ce domaine depuis 26 ans.
De par les thèmes qui traitent du corps, de ses malformations ou déformations, et le mélange entre le sexe et la mort, je rapprocherais un peu Henenlotter de Cronenberg, même s'ils ne sont pas du même niveau.
Pour les deux personnages principaux, chaque copulation a des conséquences assez néfastes, et en dehors de ça, il y a l'héroïne qui est une photographe s'intéressant à capturer du sexe bizarroïde sur sa pellicule. Elle mitraille ses amants de son appareil photo, ce qui rend des images déformées de leur visage, et comme on le lui fait remarquer, et que j'ai trouvé intéressant : on ne saurait dire s'ils sont en train de se faire tuer au moment de la prise de vue, ou s'ils ont l'orgasme de leur vie. C'est bien là un truc qui aurait intéressé Cronenberg, je pense, et ça aurait probablement donné un film qui m'aurait ennuyé du genre de Crash.

 
Jennifer est une nympho parce qu'elle a 7 clitos et doit satisfaire un désir plus grand que les femmes normales. Au début, elle parle longuement de ce sujet, y revient plusieurs fois, comme si c'était une part réelle de sa vie, à laquelle elle a pensé maintes fois, et que pour le spectateur elle déversait enfin tout ce qu'elle avait sur le cœur jusque là à ce propos. Jennifer a une véritable histoire concernant son vagin, elle évoque les évolutions au fur et à mesure de sa croissance, a ses réflexions là-dessus, et ce qui paraît ajouter un peu de vécu à ce qu'elle raconte, c'est qu'elle puisse dire par exemple que l'accouchement (2h après fornication) est presque plus agréable que la relation sexuelle.
A un moment, elle en vient à décrire cette douleur, comme "une flamme liquide", qui lui parcourt tout le corps et lui donne envie d'une bite comme un camé a besoin de sa dose, et c'est fait avec précision et des termes assez recherchés pour qu'on y croie un peu.
Plus tard dans le film arrive le second protagoniste, celui qui a un pénis intelligent et qui redéfinit lui aussi (comme pour Marquis, par exemple) l'expression "penser avec sa bite".
Pour se masturber, il doit utiliser une machine, et il y a une idée pas mal dans la scène où il s'en sert, la fumée qui se dégage après que l'appareil ait été poussé au maximum, et son arrêt progressif et lent après qu'il ait été mis en déroute, créant une amusante métaphore de la phase post-éjaculation.
Tout n'est que figuré au début. Un peu comme une sorte d'Elephant-man (got it ?) phallique, le monstre dans Bad biology n'est pas montré avant une certaine avancée dans le film, et une fois le moment venu, alors que c'est censé être un passage important dont Henenlotter a ménagé l'attente, on découvre un FX bien ridicule.


Contrairement à ce que je craignais quand j'ai démarré le film, celui-ci ne fait pas si amateur que ça, malgré quelques défauts dans le jeu des acteurs par exemple. Les signes d'amateurisme ne pointent leur nez que plus tard, comme avec cet écran bien fake de caméra SD que l'on voit l'héroïne utiliser, ou ce pénis qui, à chaque apparition, qu'il soit représenté par un objet en dur ou une marionnette molle qu'on peut actionner, est vraiment mal foutu. Et le fait que ce soit un sexe mutant n'excuse pas tout.
Comme quoi l'aspect "film d'exploitation cheap" n'a pas totalement disparu de la carrière d'Henenlotter, il revient même en force vers la fin de ce film-ci.
Le pénis s'échappe, et sa ballade est vraiment trop longue, il aurait fallu couper beaucoup plus, parce que là, ainsi que dans toute la dernière partie de Bad biology, ça manque terriblement de rythme. Ca fait même film porno amateur, tant on répète les situations où des femmes nues tentent mollement de s'échapper (il y en a une qui se retrouve par terre on ne sait trop comment, censée avoir l'air tétanisée j'imagine, mais on dirait plutôt qu'elle attend l'arrivée du pénis à elle), et tant on s'attarde sur ces corps, la caméra étant toute proche d'eux tandis qu'un faux pénis difforme est agité par un assistant juste à côté, hors-champ. Oui, et évidemment, à chaque demeure où le pénis de Batz se rend, il trouve une belle jeune femme, seule, et en petite tenue si ce n'est complètement nue.


Ca meuble énormément tout d'un coup, surtout qu'une fois que la présentation individuelle des deux personnages principaux a été faite, on sait que l'unique but n'est plus que leur rencontre, car on nous fait bien comprendre que leurs corps sont fait l'un pour l'autre. Jennifer était excitée à fond rien qu'en voyant le corps de la prostituée, animé par les orgasmes persistants après le rapport sexuel avec Batz.
La scène de la voisine qui se plaint, celle chez l'éditeur, ... même si c'est plutôt marrant, ça n'apporte rien de nouveau, ça ne fait que répéter ce qu'on sait déjà, et surtout ça retarde le moment crucial.
C'est dans ce passage de vide à remplir que le ridicule éclate vraiment, avec la trop longue séquence que j'ai mentionnée du pénis qui s'en va, mais aussi une scène où l'on fait du massage cardiaque à une bite, et une autre qui mêle dieu dans tout ça, sorte de point d'orgue du film qui assume, là du coup, plutôt bien son aspect grotesque.
Il y a quand même une irrégularité dans le ton du film, qui n'était pas aussi ridicule que ça jusque là, mais plutôt sérieux voire appliqué malgré son sujet, et c'est dommage.

 
Au moins, Henenlotter ne se contente pas de faire ce qui est attendu même pour la fin, il conclut autrement que ce qui était prévu.
Je ne savais pas encore que penser du film, alors qu'il m'avait bien diverti jusque là, la dernière partie se montrait particulièrement faible, mais rien que pour la toute fin mal foutue mais assez tarée pour moi, je mettrais un 6 au lieu de 5/10.
Henenlotter a quand même de bonnes idées ; j'ai apprécié l'ambiance créée chez le dealer de façon un peu originale, de par cette dispute entre deux camés, dont une femme qui gueule en réclamant son "jiggyjig" face à un toxico qui essaye de lui faire entrer dans le crâne qu'il ne comprend pas ce qu'elle veut dire. Ils s'insultent, se renvoient pleins de vannes, sans pour autant s'attaquer physiquement, juste s'entrechoquer car trop défoncés, et on y croit plutôt bien.
J'ai aussi particulièrement apprécié cette idée digne d' "Elvifrance" (et plus précisément, Gozzo, pour les connaisseurs), avec ces "vagina-faces". Ce qui est génial, c'est qu'à cette idée de malade, Henenlotter trouve une signification valable : ça représente le fait que les femmes ne sont vues de nos jours que comme des êtres sexués.
Malgré les défauts de Bad biology, je trouve qu'Henenlotter a plutôt bien réussi son passage au 21ème siècle, et ça ne me dérangerait pas de voir plus de productions de ce genre.
Je ne pense pas revoir le film, mais j'ai bien envie de me procurer le DVD rien que pour voir le making-of, ça doit être intéressant, déjà que je sais que le tournage s'est fait en 21 jours et que la maquilleuse a dû, à la dernière minute, remplacer une des femmes topless à tête de vagin...

Bande-annonce VO :

mardi 22 novembre 2011

Ginger snaps


Fiche du film :
Réalisateur : John Fawcett
Scénaristes : John Fawcett, Karen Walton
Année : 2000
Genre : Horreur / Drame
Acteurs principaux : Katharine Isabelle, Emily Perkins, Kris Lemche
Résumé : Ginger et Brigitte sont deux soeurs qui partagent la même vision pessimiste de la vie et ont promis de vivre ensemble, ou de mourir ensemble. Elles sont inséparables, jusqu'au jour où Ginger, attaquée par une bête non identifiée, change radicalement.

Avis sur le film :
Je ne savais preque rien de Ginger snaps, mais je me souviens néanmoins que j'avais lu le petit résumé d'IMDB, qui disait d'emblée que le film utilise la lycanthropie comme métaphore de la puberté. Tout simplement. Carrément quoi, ils disent "This film uses" au lieu d'en venir directement à l'histoire.
Ce n'est pas la faute de l'équipe du film ou quoi que ce soit, à moins qu'ils aient mis ça aussi sur le DVD, non c'est la faute du type qui a écrit ça sur le site, mais quand même ça ne m'a pas donné l'idée d'un film subtil.
Et peut-être que le mélange du thème de l'adolescence avec une histoire de loup-garou n'est pas très fin justement, mais j'ai quand même aimé comme l'un sert à traiter l'autre dans Ginger snaps.
L'arrivée des règles chez l'héroïne coïncide à l'attaque du loup-garou, et par ailleurs Brigitte explique que les ours sont attirés par l'odeur des menstruations. En plus de ça, la façon dont est amenée la coulée de sang entre les jambes de Ginger est très bien trouvée, pour allier d'emblée l'horreur à ce passage obligé pour toute adolescente.
Et la scène d'attaque du monstre, même si elle est filmée de façon très agitée de sorte qu'on ne voie rien, fait penser sur quelques plans à un viol. Enfin on ne voit pas bien ce qu'il se passe, quels habits sont retirés, etc, mais je crois qu'à un moment c'est la jupe de Ginger.


Après ça, il y a quelques quiproquos amusants, comme lors de la visite chez l'infirmière scolaire.
Et avec la lycanthropie en jeu, les parents sont encore plus à côté de la plaque que dans les cas habituels de changements occasionnés par la puberté. La mère croit comprendre sa fille, et en temps normal déjà elle se tromperait, mais ici elle ignore tout de ce qui passe vraiment. Tout. Ca m'a fait penser à Oncle Ben dans le premier film Spider-man de Raimi, qui dit à Peter que lui aussi, à son âge, il est passé par la même chose.
L'une des filles du film rejette violemment sa mère en lui criant de partir dans une scène, et l'autre, plus tard, joue le jeu en demandant "que veulent les garçons ?", mais seulement parce que c'est à défaut de trouver un autre moyen pour distraire sa mère.
Le père pense que les deux sœurs manigancent quelque chose, "pourquoi elles t'écouteraient sinon ?" demande-t-il à sa femme, et c'est bien vrai, mais la mère ne veut pas y croire, persistant à penser qu'en tant que maman elle porte bien conseil à ses enfants.
Ce qui est surprenant, c'est qu'elle est tellement dévouée à ses deux filles, qu'elle montre qu'elle peut faire preuve d'une réelle folie, quand après avoir découvert un des "cadavres dans le placard" de Ginger et Brigitte, elle présente son plan pour les tirer de ce mauvais pas. Elle paraît dingue au point de faire peur, mais par pur instinct maternel.


Ginger snaps, même si on peut voir en premier lieu que c'est un film de loup-garou, pour moi c'est surtout un drame. Je dirais presque un drame social, en pensant à Ken Loach, auquel me font penser les premiers plans sur des maisons de banlieue, qui m'ont rappelé le début d'une de ses réalisations, peut-être Family life. (mais Ginger snaps a été tourné au Canada)
Par ailleurs l'image est terne, elle paraît sale, et on y retrouve toujours les même teintes verdâtres, jaunâtres, et autres couleurs en "-âtres".
Et les héroïnes sont des ados dégoûtées de la vie, des recluses qui préfèrent rester juste entre elles. Elles pensent au suicide, et en attendant se prennent en photo dans des mises en scène morbides. Elles aiment partager leurs visions négatives sur ce qui les entoure, et s'en amusent, s'imaginant par exemple comment va mourir telle ou telle personne, en fonction de ce qu'on peut reprocher chez elle.
Comment aurais-je pu ne pas avoir de l'empathie pour ces deux filles ?
Et entre ces deux sœurs, j'ai pu ressentir un amour fort, qu'arrivent à communiquer les actrices. Ginger s'éloigne et écarte sa sœur quand elle n'est plus soi-même, mais les voir réunies et s'enlacer plus tard, ça ne m'a pas laissé insensible, de la même façon que j'avais été touché par la solidarité bien palpable entre elles au début.


Ce n'est pas courant, mais ici Brigitte, pour aider sa sœur, fait croire que c'est elle qui a été mordue par un loup-garou. En général c'est l'inverse, on dit quelque chose du genre "ah non c'est pas moi qui ai un problème, c'est mon ami...". Pour en revenir encore à Spider-man (on va croire que c'est ma référence), cf la scène chez le médecin dans le second film de Sam Raimi.
Mais justement, j'ai trouvé que Ginger snaps arrivait quelque peu à se démarquer, en se montrant astucieux.
Déjà du côté de la réalisation, il y a un plan pas mal sur la lumière provenant progressivement d'une porte qui s'ouvre et vue derrière Brigitte qui sort, et il y a aussi quelques plans sympas, comme le traveling avant vers le chien mort puis la niche, ou celui dans la serre où l'on voit les décorations d'Halloween, j'y ai trouvé le positionnement de la caméra pas mal.
Et la mise en scène se montre aussi assez bien pensée, quand on croit par exemple retrouver un garçon mort chez le voisin, ou dans une autre scène simplement par le placement de Ginger devant la porte avec Brigitte derrière elle, alors que c'est Brigitte seulement qui était censée venir. Je trouve que le simple positionnement de Ginger devant exprime quelque chose, alors que normalement on penserait naturellement à mettre Brigitte devant, puisque c'est elle seule qui est être présente, mais en même temps ça serait plus commun et ne voudrait plus du tout dire la même chose.
La mise en scène, par le choix de ce qu'elle montre ou non, agit aussi dans la scène où tout d'un coup quelqu'un trébuche sur un chien mort. Enfin là, ça ne passe pas, même si le spectateur n'a rien vu, on se demande comment les personnages n'ont pas remarqué un cadavre canin sur un terrain de football.

 
Sans avoir vu aucun autre film de John Fawcett, j'aime bien son style, rien que pour avoir placé une bande-annonce grindhouse à la télévision dans une scène (je crois l'avoir vu ce trailer, sur le DVD sampler de Something weird video, mais je ne sais plus lequel c'est), et pour avoir choisi ce qui m'a semblé être un film bis fake comme étant ce que regarde Brigitte lors de sa préparation pour la lutte contre la lycanthropie, alors qu'il aurait pu choisir de mettre un classique comme The wolfman d'Universal, c'est ce que j'attendais. Cependant, la créature du faux-film dans le film m'a fait penser à celle de An American werewolf in London.
Une autre initiative du réalisateur à saluer, c'est de, comme dans le film de John Landis que je viens de citer, faire son loup-garou entièrement en "vrai". Justement, je m'étais fait la remarque pendant le film, qu'ils auraient pu faire des CGI, me demandant aussi lequel coûte le moins cher, mais apparemment c'est le réalisateur qui a exigé une créature réelle. Je le remercie pour ça.
J'aime bien qu'on en vienne à bosser à l'ancienne pour les effets spéciaux, comme ça, mais autrement Ginger snaps ajoute une touche de modernité à son récit de loup-garou. Voilà qu'un piercing en argent sert à retenir la bête en Ginger, et on apprend aussi que la lycanthropie se transmet comme une MST, c'est marrant.
Dommage par contre que le film fasse un peu comme ça l'arrange : alors qu'un élève est couvert de boutons après avoir été mordu, Ginger elle n'est pas enlaidie du tout, du moins rien n'est visible avant qu'elle ne se déshabille un peu. Et il y a quand même dans ce film un dealer qui apparaît comme un spécialiste des loup-garous, qui avance la théorie du lycanthrope d'emblée, puis trouve un remède.
Au nouveau millénaire, Van Helsing est un ado qui fait pousser de la marijuana dans sa serre ?


Le film est un peu éprouvant, toute cette négativité, et vers la fin toute cette bestialité et ces grognements, ces cris, cette brutalité et ce sang qui tache bien... Mais je l'ai bien aimé. Pour les thèmes dont j'ai parlé.
Par contre je ne pense pas voir les suites. Ca me semble inutile.

Bande-annonce VO :

samedi 5 novembre 2011

Cast a deadly spell


Fiche du film :
Réalisateur : Martin Campbell
Scénariste : Joseph Dougherty
Année : 1991
Genre : Fantastique / Policier / Comédie
Acteurs principaux : Fred Ward, Julianne Moore, Clancy Brown
Résumé : Dans un monde fictif où, dans les années 40, tous se servent de la magie, le détective H. Philip Lovecraft résiste et s'en tient aux méthodes à l'ancienne pour mener ses enquètes. Et ce même si il va devoir affronter des démons, des magiciens, et des zombies. Mais un danger peut-être plus grand pèse sur lui lorsqu'il retrouve Connie Stone, une femme fatale qui ressurgit de son passé.

Avis sur le film :
Durant mes recherches sur le maccarthysme pour un dossier sur les années 49-54, je suis tombé sur un site qui correspondait vraiment à ce qu'il me fallait, puisqu'il présentait des films de toutes les époques traitant de la question. Parmi ceux-ci, il y avait Witch hunt, et alors que je croyais que le titre n'était qu'en rapport avec la comparaison faite entre la chasse aux sorcières à Salem et la traque des communistes, il semble qu'il ait une toute autre dimension puisque le film se déroule dans des années 50 fictives où opère la magie. J'étais déjà surpris de voir que Dennis Hopper tenait le rôle principal là-dedans, surtout que c'est un téléfilm, mais j'ai été d'autant plus étonné en voyant que c'était la suite d'un autre téléfilm avec Fred Ward, Julianne Moore, et Clancy Brown dans les rôles principaux.
En plus de ça, le héros est un détective nommé H.P. Lovecraft, ce qui a d'ailleurs donné le titre VF du film "Détective Philippe Lovecraft", tout simplement. Inutile de dire qu'il me le fallait, ce film.
Il n'est sorti nulle part en DVD, il n'est disponible qu'en Laserdisc et en VHS, et pourtant il a une certaine popularité il semblerait ; encore il y a quelques jours (alors que j'ai connu le film il y a des semaines de cela), j'ai vu qu'il y avait un nouveau t-shirt sur le site de Rotten cotton.
Voilà ce qu'ils disent : "This movie is only on VHS and Laserdisc, but its a personal favorite, so we made the shirt and you should buy it!"
C'était prometteur, si une société aime un film au point d'en faire un shirt même si la plupart des gens ne l'ont pas vu.

Je n'ai pas vu ça avant, mais à la réalisation il y a Martin Campbell. Qui ça ? C'est le type qui a dirigé Goldeneye, le nouveau Casino royale, les deux Zorro avec Banderas, ... Ah ouais.
A rajouter dans les noms à remarquer au générique : celui de Gale Anne Hurd, en tant que productrice ; c'est ce qui vaut le "From the producer of Terminator, Terminator 2, ..." sur l'affiche. J'avais vu cette dame au dernier Comic con, je l'avais surprise avec mon DVD de Tremors (tiens, maintenant que j'y pense, ça doit expliquer la présence de Ward au casting de Cast a deadly spell), mais j'aurais voulu connaître et avoir vu Cast a deadly spell à l'époque, là ça aurait vraiment été la classe. J'aurais pu demander pourquoi ce n'est toujours pas disponible en DVD, par exemple.


C'est l'incongruité de ce mélange de film noir, de fantastique, de noms connus, et de références très directes à Lovecraft, qui m'a donné envie de voir le film. Et encore, une fois dedans on remarque encore un policier nommé Bradbury, un bar qui s'appelle "The Dunwich room", et ce n'est encore rien car plus tard on voit qu'il y a le Necronomicon et que l'univers du créateur de Cthulhu occupe réellement une grande part du scénario, puisque finissent par être invoqués les Grands Anciens.
Dès les premières scènes, le fantastique est introduit dans ce téléfilm. Et pourtant, en reprenant des codes, avec le personnage vu en plongée qui s'éloigne dans une allée sombre, la voix-off qui démarre, et qui commence à raconter comment tout a débuté, on parvient très bien à faire que le spectateur se mette à penser au film noir.
J'aime bien la façon dont est fait le pont entre ce genre-ci et le fantastique. A peu près au même moment dans le film, un personnage dit à propos d'une poupée vaudou qu'avant, il fallait au moins pouvoir voir quelqu'un dans les yeux pour le tuer. C'est comme si ce passé auquel il fait référence était celui des vrais films noirs, qui a depuis muté pour inclure la magie.
Et comment les ennuis du héros sont apparus ? "It started with a woman. It always starts with a woman", ce qui est bien vrai concernant le film noir.
La femme, c'est Julianne Moore, parfaite en femme fatale. Elle a le look dévastateur qu'il faut, et une voix incroyable (ou alors sa doubleuse a une voix incroyable), j'ai été conquis par la scène dédiée à son chant dans la boîte de nuit.
Et dans ce film, l'aspect démoniaque de la femme fatale jouée par Moore prend des proportions bibliques.


Concernant la partie "fantastique", il y a des créatures un peu kitschs mais acceptables, des effets spéciaux assez bien foutus (les billets tueurs, le miroir qui se brise tout seul), d'autres où on comprend le trucage (le feu qui apparaît dans la main du policier), des modifications visuelles apparentes comme ce ciel rouge en mode "Cape fear" de Scorsese, sorti la même année. Mais il y a aussi des effets beaucoup moins bons, comme cette gargouille, qui paraît fake même avant que la pluie de sang ne fasse bouger ses ailes en plastique. Même si elle s'avère plus tard être vivante, ce n'est pas une explication ; et par ailleurs, une fois qu'elle prend vie et attaque des personnages, elle est particulièrement ridicule, à courir en petites foulées et à poser devant la caméra en tendant ses griffes vers l'avant.
Ce téléfilm se montre quand même étonnamment ambitieux, à placer des licornes et des gremlins même si ce n'est que pour une scène. Il y a des plans très courts sur des évènements paranormaux, et le fait que ce ne soient que des détails qu'on aperçoit sert justement à donner l'impression de former un univers plus grand. Je n'ai pas tellement eu ce ressenti, contrairement à d'autres films, mais l'intention est là.
Il y a des éléments marrants dans ces aperçus du monde de Cast a deadly spell, c'est le cas avec les zombies bâtisseurs, mais des fois ça ne marche pas tant que ça. Ces gremlins par exemple, on dirait simplement le même type de petite créature grouillante qui se faufile partout et échappe aux assaillants en ricanant, et qu'on a déjà vu pleins de fois ailleurs, et en mieux. La dimension gag-esque avec l'idiot qui essaye de leur tirer dessus m'a un peu laissé de marbre, c'est le type de scène cartoonesque qui ne m'amuse plus à force.
Bon par contre, si il y a une créature réussie, c'est celle finale, immense, "énorme" dans tous les sens du terme. Le trucage est apparent, mais c'est impressionnant quand même.


Le héros, Philip Lovecraft, contrairement à tous ses contemporains, refuse d'utiliser la magie. En guise d'explication, on nous ressort l'histoire du trauma ; on peut deviner qu'à cause de la magie un de ses coéquipiers est mort, quoique le film ne nous dit pas clairement si c'est ça et ce qui s'est vraiment passé.
Le détective côtoie des gens qui se servent des sortilèges tout le temps, des sorcières, des démons, des gangsters qui jettent des sorts, ... et pourtant il arrive à survivre sans même une patte de lapin sur lui. Ce n'est pas très crédible, mais quand on repense aux films policiers, les méchants ont la possibilité de tuer de nombreuses fois, mais ne le font pas, et je suppose que dans Cast a deadly spell ils agissent aussi selon un code. Normalement, la crainte de la loi peut aussi entrer en jeu, mais ici il y a une scène où le méchant jette un sort sur un homme en présence de Lovecraft ; c'est un peu l'équivalent du meurtre gratuit, juste pour l'exemple, dans d'autres films. Ce n'est pas tellement logique du coup, mais le fait que le personnage du méchant fasse ça (cf le film, c'est assez drôle le sort qu'il jette) est classe, quand même.


Visiblement, le scénariste connaît plutôt bien les mythologies auxquelles il se réfère, il n'a pas fait que lire Lovecraft, il évoque aussi les licornes et le fait que seule une vierge peut les chasser, information qui est utilisée de façon amusante ; et les zombies du film sont tous noirs et, selon un personnage, ils ont comme avantage par rapport à un employé normal le fait qu'ils ne mangent pas. La plupart des spectateurs peuvent se poser des questions, et peut-être imaginer aussi que le film est raciste, mais le scénariste Joseph Dougherty fait implicitement référence aux zombies de la culture vaudou, à savoir les seuls qui ne soient pas anachroniques dans les années 40.
Il y a des moments où l'on se dit que la part de fantastique s'inclut très bien dans l'autre, comme lorsque le commissaire dit "I hate full moons" après avoir interrogé un loup-garou. On voit là une réplique-type d'un chef de police coléreux et lassé comme on en a tant vus, mais avec l'inclusion de l'élément surnaturel.
Mais d'autres fois, la rencontre entre les deux mondes se fait encore mieux.
Dans une autre scène, Lovecraft reçoit un billet avec un sort en runes dessus, il se met en colère contre la personne qui le lui a adressé, et le menace dans les cuisines d'un restaurant. On a une impression de voir là une scène de film policier (avec un zeste de fantastique) mais sans vraiment pouvoir la rattacher à quelque chose de précis que l'on connaît.
Je trouve qu'au bout d'un moment, Cast a deadly spell mélange parfaitement le film noir et le fantastique, de sorte qu'on ne puisse plus discerner de limites entre les deux, et qu'on n'ait pas l'impression d'un assemblage entre deux choses mais un tout unique. La scène existe en elle-même, et non plus comme un mix de ce qu'on a pu voir ici et là.


Cast a deadly spell est une curiosité, et c'est une oeuvre qui est très appliquée comme on peut le voir par exemple avec son éclairage, venant très certainement de l'influence du film noir, et qui traite très bien son idée de départ de croisement des genres.
Malheureusement, malgré le sang, les monstres, et un peu de vulgarité, on ressent tout de même les contraintes liées à son statut de téléfilm, le budget étant sûrement responsable ce ces quelques éléments bâclés et trop kitschs qui m'ont dérangé.
Je suis quand même satisfait, et je regarderai certainement la suite, Witch hunt, avec Dennis Hopper qui reprend le rôle de Fred Ward. Si comme je le pense, le maccarthysme est figuré par une vraie chasse aux sorcières, ça risque de donner quelque chose de bon.

Bande-annonce VO :

vendredi 4 novembre 2011

The human centipede 2 (Full sequence)


Fiche du film :
Réalisateur et scénariste : Tom Six
Année : 2011
Genre : Horreur
Acteurs principaux : Laurence R. Harvey, Ashlynn Yennie, Bill Hutchens
Résumé : Un homme au physique ingrat et dérangé psychologiquement devient obsédé par le film The human centipede, et se met en tête de le faire devenir réalité.

Avis sur le film :
Il y a encore pas longtemps, je ne voulais pas voir The human centipede, et plus récemment après l'avoir regardé, j'étais presque impatient de voir sa suite.
Tom Six continue à faire dans l'originalité, plutôt que de faire une simple suite où quelqu'un prendrait la relève du docteur Heiter en complétant son mille-pattes, il fait un second film qui reprend le premier mais pas trop non plus, puisqu'il est question d'un fou qui veut imiter la fiction.
J'ai trouvé que les scènes au début où est exprimée son obsession sont plutôt bien pensées, rien qu'avec son regard on croirait que le personnage principal est obnubilé par ce qu'il voit sur l'écran, et qu'en même temps il s'en imprègne. Certes, il n'est pas compliqué de faire un champ/contrechamp incluant un individu au regard fixe, mais la représentation de la fascination, que j'ai bien ressentie, passe aussi par des détails comme l'inscription du nombre de personnes à kidnapper sur la main du protagoniste, ou la reproduction en dessins du schéma présenté dans le premier film par le chirurgien.
Notre héros, Martin, regroupe ses illustrations, réalisées au feutre argenté, dans un carnet qui fait penser à un cahier de collage d'enfant. Ca participe à ce qu'on y croie.
Dans ce carnet, on retrouve aussi des images du précédent film de Tom Six, ainsi que des photos des acteurs à des festivals, et ça m'amuse de voir comme ce qui pourrait être relativement innocent et à la portée de tous sur internet est réutilisé ici pour participer à quelque chose de bien "creepy".
Lors d'une scène où Martin feuillette son livre d'images, il rembobine son DVD de The human centipede 1. Je ne sais pas si cet homme est un gros naze en informatique et n'est pas conscient qu'on peut retourner au début du film sans faire ça, mais en tout cas le bruit des cris inversés et en accéléré, lors du défilement des pages, est un très bon effet.


The human centipede 2, au-delà de son idée de base, est un film qui fait bien remarquer qu'il est conscient d'en être un, et sait s'amuser de son statut et celui de son prédécesseur.
Ce n'est sûrement pas un hasard déjà si l'action se déroule en angleterre cette fois-ci. Tom Six se targuait dans la bande-annonce de son nouveau film que celui-ci était banni du Royaume-Uni, mais il avait déjà dû prévoir cela avant, en connaissant la sévérité de la censure de ce pays. Même si ce n'est probablement que ce que j'imagine, j'aime l'idée que ce soit à Londres qu'il ait fait vivre son nouveau personnage de dégénéré.
(par ailleurs, j'ai peut-être vu la version anglaise du film, car je n'ai pas vu le personnage utiliser de fil de fer barbelé avant la fameuse scène dont j'ai lu la description sur le net).
J'étais content de voir qu'une actrice du premier film était de retour, mais malheureusement ce n'était pas le cas de la seconde.
Retour ou non, dans les deux cas, c'est inclus dans le film ; ça approfondit la mise en abyme en même temps que ça tire parti de cette opportunité qu'est la présence d'une des actrices, et désavantage qu'est l'absence de l'autre.
On ne peut pas trop blâmer quelqu'un pour ne pas vouloir jouer dans la suite d'un film pareil, et il est déjà étonnant que l'actrice Ashley Yennie ait accepté de revenir. Surtout qu'après qu'elle joue plus ou moins son propre rôle d'actrice qui prend soin de son apparence, elle se retrouve encore à quatre pattes et seins nus, à devoir faire le chien.
Je ne sais pas sinon comment on a pu trouver d'autres acteurs en si grand nombre pour faire partie du centipede, surtout que cette fois leurs bouches sont vraiment collées aux fesses des autres, en sachant que dans l'autre film il y avait de la gaze pour dissimuler le raccord entre les corps et éviter qu'un acteur soit vraiment le nez dans le derrière d'un autre.


Je me souviens que parmi les news que j'avais vues sur le net, dans celles qui m'ont lassé au point que j'ai fini par voir The human centipede 1, j'en avais regardée une annonçant fièrement qu'il y avait une photo de l'acteur principal du 2.
Il faut dire qu'il est drôlement bien casté, c'est un homme qui a dû être choisi uniquement pour son physique et non sa formation, puisque c'est le premier film dans lequel il joue. Et il n'est pas sûr qu'il en fasse d'autres, ou seulement des projets tout aussi déviants. Il est petit, bedonnant, a des yeux qui ressortent comme si on lui avait compressé la tête, et il a accepté de mettre en avant toutes les parties de son physique ingrat face à la caméra.
L'image frontale qui était disponible sur le net, avec Martin et son regard fixe, est vraiment saisissante une fois arrivée dans le film.
Et à un moment on a le plaisir de le voir rassurer un bébé.
Le personnage ne parle jamais, mais il a toute une série de bonnes expressions faciales.
Je ne reproche qu'une scène où il grogne, s'arrête pour faire coucou au bébé, puis repart en grognant de rage à nouveau. Enfin ça c'est la faute de Tom Six, pas de l'acteur.
C'est marrant comme pour un même réalisateur/scénariste, d'un film à un autre la qualité peut radicalement varier. C'est encore plus frappant quand les deux sont autour d'un sujet similaire.
The human centipede était un film d'horreur pas toujours fin, mais qui savait se libérer du carcan imposé par la plupart des œuvres du genre contemporaines.
Le 2 tape dans la psychologie à même pas deux francs, c'est utilisé en tant qu'excuse comme dans la plupart des films, mais ici Six ne cherche pas à ce que ce soit un minimum crédible, c'est ridicule d'emblée. Si le personnage principal est dérangé, c'est que son père le violait, ce qui nous est indiqué grossièrement dans une scène où Martin dort et réentend la voix de son paternel qui parle de son érection. La vulgarité du propos du père, c'est pour y aller fort. On rajoute des couches à la fois dans le n'importe quoi et dans les raccourcis faciles pour soi-disant "choquer" sans se casser la tête : on a un psy qui fait direct le lien entre le mille-pattes et un symbole phallique/l'abus par le père, et du coup, comme si c'était logique, il annonce que les personnes qui ont subi ce genre de traitements ont tendance à se mutiler le sexe. Et en plus la mère de Martin lui reproche d'avoir causé le départ de son père, et le psy est un obsédé qui veut se le faire.
J'ai l'impression que Tom Six n'a pas du tout voulu éviter le ridicule, au contraire il l'a cherché, comme quelqu'un qui entre dans une réunion d'Hell's angels en insultant tout le monde cherche les ennuis.
Bon, faut dire que Martin, ce personnage de gardien de parking qui tire sur pleins de gens sur son lieu de travail sans jamais se faire repérer, c'est douteux aussi.


Cette suite a été filmée en couleur mais, après une décision de Six qui trouvait que c'était plus effrayant ainsi, est finalement presque entièrement en noir et blanc (il y a des taches de couleur vers la fin, je n'en dis pas plus), et c'est un choix qui ne me plaît pas tellement. Ce n'est pas vraiment plus beau, et ça retire une grande partie de l'aspect gore. Ce choix rend aussi difficile l'identification des personnages, entre ceux qui sont attaqués dans le parking et ceux qui se retrouvent dans l'entrepôt.
Il faut dire que les coups violents que chacun se reçoit, en général à la tête, laissent à penser qu'ils sont morts. Ainsi, quand on comprend que ce sont bel et bien les mêmes qui sont récupérés pour réaliser le "centipede", on se demande comment il se fait qu'ils soient encore vivants.
On dirait un cartoon façon Tom & Jerry, dans lequel on peut taper avec un pied de biche n'importe qui, n'importe où, et avec n'importe quelle force, pour assommer à défaut d'avoir de quoi endormir. Et peu importe la quantité de sang qui jaillit, la personne ne meurt pas. Il aurait fallu que Martin essaye de faire tomber une enclume ACME sur quelqu'un, voir si ça marche aussi.
A un moment, je ne savais pas si une des victimes était morte à cause des coups, ou morte de faim ; en effet, Martin garde ses cobayes plusieurs jours sans les faire boire ou manger, c'est étrange.


Pendant la majorité du film, c'est décevant mais la violence est hors champ et/ou on ne voit que les résultats gores d'un meurtre. Mais il y a au moins ce mannequin très impressionnant d'une personne après qu'elle ait eut la tête écrasée au pied de biche...
Ce n'est que vers la fin que ça se lâche, avec des dents enfoncées au marteau de façon incroyablement réaliste, des tendons coupées, une hémorragie de la fesse, ...
Mais à aucun moment vraiment on ne ressent la douleur des personnages, ni l'horreur, comme c'était le cas dans le premier film.
Pour couronner le tout, je vais citer un faux-raccord flagrant : sur un plan deux femmes se serrent la main, ce qui est repris du premier film, mais au plan suivant ce n'est plus le cas. Les mains, par le geste de solidarité des deux femmes, sont quand même devenus le centre de l'attention pendant un moment, alors pourquoi ne pas avoir fait gaffe à ça au montage ?


The human centipede 2, par rapport à mes attentes et le résultat après le visionnage, effectue une inversion avec le premier film. Ce dernier, je n'en attendais pas grand chose, et j'ai été agréablement surpris.
Pire que ça, le 2 est comme la réalisation d'une de mes craintes concernant le 1 : que tout ne repose que sur l'idée de départ. Le premier film avait su faire en sorte qu'il se passe d'autres choses, mais le second ne fait que préparer longuement avant la création du "human centipede", et pour rien qui en vaille la peine finalement.

Il faudra quand même voir ce que Tom Six va bien pouvoir inventer pour The human centipede 3 (Final sequence).

Bande-annonce VO :

mardi 18 octobre 2011

Red state


Fiche du film :
Réalisateur et scénariste : Kevin Smith
Année : 2011
Genre : Thriller / Horreur
Acteurs principaux : Michael Parks, John Goodman, Kyle Gallner, Kerry Bishé
Résumé : Trois jeunes pensent avoir trouvé un bon coup sur internet, et ils se rendent à un lieu de rendez-vous où il s'imaginent avoir droit à une partie à quatre avec une femme, sans se douter qu'ils tombent dans le piège d'un groupe de fanatiques réligieux.

Avis sur le film :
J’aurais pu voir ce film à Cannes.
Evidemment à l’entrée de la salle, ils se préoccupaient plus de contrôler si vous aviez un badge d’acheteur, plutôt que du nombre de fois que vous aviez vu Clerks.
Certes en arrivant au festival, je n’avais aucune idée que le dernier film de mon réalisateur fétiche y serait projeté, et pourtant j’avais dans ma valise son livre "My boring-ass life" que l'on m'avait offert, et je pense que c’est assez significatif.
J’étais allé à Cannes sans trop me soucier de la programmation, je ne savais même pas si je pourrais aller au Marché du film, et avec le nombre de projections supplémentaires que cela comprend, je n’aurais de toute façon pas pu tout vérifier. J’y étais allé en me disant que je déciderai sur place quels films j’irai voir. Mais le premier jour, en patientant dans la file d’attente pour Porfirio, quand pour passer le temps j’ai lu le programme du Marché du film et y ai vu qu’il y avait Red state, c’est devenu LE film à voir.
Heureusement, m’étais-je dit plus tard, qu'à ce moment là je n’avais rien eu d’autre à faire que de consulter ce programme. Et heureusement que, le lendemain, j’ai pu constater qu’il fallait des invitations pour se rendre à une séance du Marché.
J’avais donc essayé d’en obtenir une pour Red state le matin de la projection, seulement bizarrement on en obtenait moins facilement que pour Yakuza weapon ou Birthday (ne cherchez pas ce dernier sur google, on n’en trouve aucune image, et ça me surprendrait si un jour un éditeur ose sortir ce truc en DVD).
Je n’ai plus eu qu’à souhaiter que je puisse accéder à la salle une fois en face, peu avant la séance. Pour ne pas m’ennuyer en attendant, j’étais allé voir Birthday. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’à mon retour il y avait plus de gens qui voulaient entrer que la petite salle d’une quarantaine de places passant Red state ne pouvait en contenir, sachant en plus que des acheteurs étaient déjà entrés.
Et il fallait ce fichu badge bleu pour accéder à la projection. Même la presse n’avait pas la priorité pour rentrer.
J’ai patienté, mais bien sûr, contrairement à l’abominable Birthday, qui n’avait pas non plus attiré une telle foule, personne n’est sorti au bout de cinq minutes. J’ai eu beau attendre 30mn après que la projection ait commencé, même là, alors qu’il ne restait plus que moi et un homme qui avait demandé en blaguant lorsqu’il était arrivé « donc si les 5 personnes devant moi meurent, je peux entrer ? », et que deux personnes dans la salle sont sorties, je n’ai pu voir les deux tiers restants de Red state car c’est à ce moment là que l’ouvreuse m’apprit que, même là, il me fallait un badge ou une invitation. Et la femme représentant la société qui organisait la projection du film, et que j’avais vue tenir des invitations lorsqu’elle était encore là, était désormais partie.
Donc deux acheteurs sont passés devant moi et sont entrés à ma place.

 
J’étais bien entendu dégoûté, mais finalement pas tant à cause du film lui-même, mais parce que je m’étais fait avoir ainsi.
Je voulais vraiment voir Red state, mais surtout parce qu’il s’agit d’une œuvre de Kevin Smith, car le film en lui-même ne se présentait pas si bien. Le réalisateur du mythique Clerks a pas mal déconné ces temps-ci, il a cassé du sucre sur le dos de Bruce Willis qu’il avait fait jouer dans Cop out, et s’était mis en tête que si ce dernier film avait été autant démoli par la presse, c’était parce que les critiques peuvent assister à des projections sans avoir à payer et, ainsi, n’ont aucune considération pour ce qu’ils vont voir. Il n’est pas venu à l’esprit de Smith, un peu comme Eli Roth avec son Hostel, que son film était simplement mauvais, et même au point qu’il s’agisse du seul qui fasse une grosse tache bien sale sur sa filmographie.
Donc Smith a annoncé qu’il arrêtait sa carrière de réalisateur, mais qu’avant il allait distribuer Red state lui-même, ce qui explique que le film n’ait été présenté que de façon éparse à travers les Etats-Unis, lors de projections spéciales ou dans des festivals.
Il a donc fallu que j’attende qu’il soit disponible en vidéo à la demande pour voir ce film dont les avis qui ont suivi les premières projections m’ont encore plus inquiété, déjà que l’idée que Kevin Smith se mette au film d’horreur me semblait une mauvaise chose.

 
La nouvelle affiche précise "An unlikely film from that Kevin Smith", comme pour nous dire que, non, on ne s'est pas trompé, c'est bien du même Kevin Smith qu'on parle.
C'est sûr que ça change de ce qu'il fait d'habitude, c'est recherché, on voit que Kevin Smith a voulu se détacher autant que possible de ce qui peut être mis en lien avec sa notoriété. Il donne l'impression de vouloir repartir de zéro, et faire comme s'il était un amateur.
On retrouve pourtant de nombreuses têtes connues, même si ce n'est pas dans les rôles principaux dans tous les cas : Michael Parks (le sheriff McGraw des films de Tarantino et Rodriguez et qui, ironiquement, a joué Adam dans La Bible de John Huston), Stephen Root (Milton dans Office space, film culte aux USA), Patrick Fischler (Mulholland drive), Damian Young (Californication), Kyle Gallner (remake de Les griffes de la nuit), et pour les habitués de Smith, Betty Aberlin (une nonne dans Dogma, déjà), et Jennifer Schwalbach Smith, même si le réalisateur s'est détaché de ses acteurs habituels les plus connus. Pas de Jay & Silent Bob, bien entendu.
L'intention de Kevin Smith n'en est pas moins claire, dès les titres du début qui auraient pu être faits sur Windows movie maker, ensuite dans le film la caméra tremble, l'image est grisâtre, tout fait amateur. Le chaos du montage qui rend certaines images difficiles à discerner, et la cohue des paroles qui s'accumulent trop vite participent aussi à donner un air de cinéma pris sur le vif comme le ferait quiconque avec une caméra DV à la main qui filmerait le réel.
C'est cette impression que cherche à donner Smith, même si on sait que c'est de la fiction, et on n'arrive pas non plus à nous donner l'illusion du contraire.
La scène de classe me fait penser à celle de Scream 2, dans le sens où j'ai ressenti exactement la même facticité. La prof se montre familière et se permet de blaguer plusieurs fois avec les élèves, ces derniers prennent des libertés durant le cours et leurs réflexions personnelles du genre "they're assholes" sont prononcées à haute voix de façon à devenir le sujet sur lequel l'enseignante dérive. On ressent trop fortement que tout est écrit, avec pour intention précise d'amener à un but unique : expliquer aux spectateurs qui est ce fameux "Abin Cooper".
Et il faut savoir que tout cela s'enchaîne très rapidement, en moins de deux minutes peut-être, ce qui rend encore moins crédible ce qu'on voit.
Evidemment, dans la scène d'après, quand les trois jeunes s'imaginent aller se taper un coup qui, comme par hasard, se trouve justement près du lieu où Abin Cooper habite, il n'y a aucune surprise.

 
Alors que jusque là, Kevin Smith avait toujours fait le plus simple possible dans sa mise en scène, dans Red state il y a des partis pris pour certains plans, ce qui est complètement inédit avec ce réalisateur. Il essaye de nouvelles choses, des caméras fixées face à un comédien, des plans un peu plus construit, etc...
Mais à vouloir donner plus de style à sa réalisation, des fois il s'égare ; je prends pour exemple ce flashback inutile quand le sheriff parle de son accident, qui ne nous montre que les images qu'on a déjà vu juste quelques scènes auparavant. Ca fait croire que Kevin Smith est revenu en arrière non pas seulement en donnant l'air de faire un film un peu fauché, mais aussi par rapport à sa mise en scène, qui fait des erreurs qu'on ne trouverait pas dans une réalisation qui se trouverait dans la moyenne.
Enfin, ce flashback est inutile mais relève surtout du cliché, et il y a bien pire que cela, je pense à cet irrespect de la règle des 30° vers la fin du film, où l'on voit John Goodman en gros plan et soudain on a l'impression que l'image saute, et que le décor derrière lui n'est plus le même, alors que la caméra a juste légèrement changé de position. Kevin Smith n'ayant jamais vraiment suivi de formation pour être réalisateur, peut-être qu'une fois qu'il veut perfectionner son travail il en oublie des choses, comme de bouger suffisamment la caméra sur le tournage pour le bien du montage après. J'allais dire "La faute est peut-être aussi celle du monteur", mais c'est Kevin Smith aussi. Je me demande pourquoi il n'a pas inséré un contre-champ entre les deux plans, pour que le raccord passe.
Au moins, durant la séquence du monologue, Smith sait comment monter et varier les plans pour éviter la lassitude.

 
J'ai tendance à favoriser des œuvres dès qu'il y a un message fort, et subversif. Parfois il en suffit d'un seul suffisamment puissant pour me faire carrément adorer.
Dans Red state, ce message arrive avec le monologue de Michael Parks.
Seul Kevin Smith pouvait faire ça, à ma connaissance c'est le seul cinéaste qui croit en dieu, qui connaît bien la Bible, mais qui a un regard sérieusement critique envers la religion et qui ose placer ses reproches envers cette institution dans ses films.
Des gens ont manifesté pour cette comédie qu'est Dogma, et si Red state avait été diffusé de façon courante, je me demande à quel point certains en auraient été retournés.
Le personnage d'Abin Cooper est quelqu'un qui lui aussi connaît par cœur les textes saints, mais en a une vision pervertie. Et en même temps, même si ce qu'il prône va à l'encontre de ce qui est politiquement correct ou sain, il y a une logique dans la vision qu'il a de Dieu, il a les preuves pour soutenir ce qu'il pense, et il justifie ce qu'il fait par des passages qui sont tout simplement dans la Bible, ce qu'aucun chrétien ne peut contester.
Et évidemment ça requiert une bonne connaissance des textes religieux pour faire ça, donc heureusement que Kevin Smith est là.
Je m'étais dit que l'explication de Cooper sur son droit à tuer les homosexuels, s'appuyant sur le fait qu'il les voit comme des "insectes", était facile, mais finalement là aussi il s'appuie sur la Bible.
Sa justification pour le piège sur internet est plus faible, mais elle est soutenue par cette idée géniale : "sheeps among wolves".
On croit qu'il y a une faille dans leur système de pensée quand l'un des leurs meurt, mais là encore le culte a dans ce cas-là une justification. Elle fait d'ailleurs penser à celles que peut trouver un prêtre normal quand il doit expliquer pourquoi quelqu'un de bon a été emporté prématurément, et faire en sorte que ça n'entre pas en contradiction avec l'idée qu'un comportement en adéquation avec la religion protège de la colère de Dieu.


J'aime les films d'horreur. J'aime Kevin Smith. C'est pour ça que le mélange des deux m'effrayait.
Je m'inquiétais pour la partie "épouvante", Smith n'étant pas connu comme un amateur de ce genre. On connaît tous des gens qui y sont extérieurs et qui en ont une vision corrompue, croyant assister à quelque chose de fabuleux là où ça a en réalité été déjà fait des centaines de fois. Je craignais que Smith fasse pareil en réalisant son film. En fait pas du tout, il échappe à tout ça, à part peut-être quelques effets en CGI ; mais aussi après tout Red state est plus un thriller qu'un film d'horreur.
Et par la suite, le réalisateur de Clerks offre un spectacle intense et très pessimiste.
Face aux fanatiques religieux, il place des agents du gouvernement, qui eux sont également montrés sous un jour peu favorable.
Ils ne sont pas là pour incarner le bien face à des fous de Dieu qui tuent les pécheurs. Smith ne place dans son film aucun jugement qui soit supérieur aux deux groupes.
Vers la fin, quand on croit venir voir l'Apocalypse, j'aurais aimé voir Dieu sortir des cieux et foudroyer Cooper et sa famille, ça aurait été un WTF hilarant, mais on n'y a pas droit. Il n'y a aucune intervention divine ou venant tout simplement d'une force supérieure pour dire qui a raison et qui fait ce qu'il faut, si jamais c'est le cas d'un des deux groupes. En tant que personne "censée" du 21ème siècle, on se dit que Cooper et compagnie se trompent, mais par rapport à qui et à quoi ? Par rapport à la Bible par exemple, ils ne sont pas tant dans l'erreur.
Je pense que la confrontation entre les fanatiques et les représentants du gouvernement cherche simplement à ne donner raison à personne, ce qui ne veut pas dire non plus que la raison ne se trouve nulle part ; et c'est bien plus fort que si Kevin Smith avait pris position de façon manichéenne.

Red state n'est pas exempt de défauts, mais je l'ai trouvé puissant.

Teaser VO :
C'est la première vidéo parue, autant dire qu'on ne comprenait rien à ce qu'on voyait. En ayant vu le film, ça aide un peu.


Bande-annonce VO :

mercredi 12 octobre 2011

The human centipede (First sequence)


Fiche du film :
Réalisateur et scénariste : Tom Six
Année : 2009
Genre : Horreur
Acteurs principaux : Ashley C. Williams, Ashlynn Yennie, Akihiro Kitamura, Dieter Laser
Résumé : Deux jeunes femmes en voyage en Allemagne se rendent à une fête, mais leur projet se voit gâché par un pneu crevé. Au milieu de nulle part, elles cherchent à contacter un dépanneur, et trouvent une maison isolée depuis laquelle elles comptent téléphoner. Mais la demeure n'est pas située en pleine forêt pour rien, son propriétaire est un ancien chirurgien qui préfère garder secrète son expérience. Il compte créer une chenille humaine, et vient de se trouver deux nouveaux cobayes.

Avis sur le film :
Alors qu'on pourrait croire le contraire, lorsque j'ai vu le trailer pour The human centipede, ça ne m'avait pas intéressé de regarder ça, car j'y voyais un de ces films qui misent tout sur une idée-choc très forte pour attirer le public, et se reposent en quelque sorte sur leurs lauriers, en n'apportant rien de plus une fois posé le concept de base.
Le buzz a pris de l'ampleur ensuite, mais je n'étais toujours pas intéressé.
A la même époque, il y avait A Serbian film, et j'avais l'impression que les deux étaient présentés en duo comme les nouveaux films complètements malades à voir. A ce que j'ai lu sur le forum Nanarland (section cinéma non nanar), ils avaient même été présentés ensemble pour une projection presse. Je me demande encore si à une époque, quelqu'un a eu la folle idée de les sortir en salle chez nous, à moins que ça se soit passé dans un autre pays.
J'ai choisi de voir A Serbian film, qui avait l'air plus intense ; The human centipede me semblait plus cheap, et visant surtout les âmes sensibles qui n'y connaissent pas grand chose au cinéma d'horreur et s'excitent dès qu'il y a un truc qui sort de l'ordinaire.
Des phrases amusantes sur IMDB du genre "Who's eating more poo, the audience or the actors?" me confortaient dans mon avis.
Plus récemment, j'ai été lassé de voir toutes ces news sur The human centipede 2, et la nouvelle affiche a été le déclencheur qui m'a poussé à voir le 1.


On peut voir une certaine symbolique dans la scène d'introduction : nous avons d'abord un traveling sur l'autoroute, mais la caméra s'en détache pour filmer une petite route à part, représentation de ce film qui veut sortir du lot mainstream ? Et ce rai de lumière passant à travers les arbres pour atteindre la voiture du chirurgien, est-ce un hasard ?
Je cherche peut-être un peu pour rien, le film ne semblait pas de prime abord bien malin : le type qui fait défiler les photos de son "doggy centipede" de sorte à ce que le spectateur voie une évolution, par exemple. Et puis il y a ces redondances du cinéma d'horreur, comme le vieux étranger qui passe par là et qui, comme par hasard, est un pervers, ou la classique maison perdue en pleine forêt.
Plus tard, une des femmes m'a semblé sotte, car plutôt que de courir chercher les secours, elle traîne le corps de sa copine très lentement et en expirant fortement sous l'effort, alors que le docteur Heiter est encore quelque part dans les parages.
Le plus inapproprié est le plan où le médecin lèche le sang par terre, vers la fin du film, ce qui m'a déçu car jusque là tout était si bien.
Dans le même genre, il y a la jouissance du médecin quand il injecte l'anesthésiant à sa victime, comme si c'était une domination devenue sexuelle, mais j'ai apprécié ce détail.
Et dans les petites attentions plaisantes, il y a les deux amies qui se serrent la main une fois qu'elles font partie du mille-pattes, trouvant là une façon de se soutenir sans ne pouvoir rien dire.


Effectivement, malgré des débuts un peu trop stéréotypés et les mauvaises préconceptions que j'avais sur le film, celui-ci a été une surprise.
Tout ne se résume pas à l'élaboration du mille-pattes humain, il y a suffisamment d'éléments d'intérêt avant et après.
La présentation de la transformation était pourtant un moment fort : quand le docteur Heiter expose son plan à ses sujets à l'aide d'images projetées sur un écran, on voit que tout est parfaitement prévu, il a pensé à tout ; c'est génial. En plus de cela, à l'hilarité que peut provoquer ce projet de malade, s'ajoute la terreur, avec la torture qu'est la présentation, sous forme d'exposé qu'on pourrait faire à l'école, de cette transformation, à ceux qui vont en faire les frais. Ils crient, ils se débattent, alors qu'ils ont chaque membre lié à un lit d'hôpital. Rien que cette position est désagréable et affreuse vu la situation.
C'est ce mélange d'horreur et de plaisir que j'ai déjà trouvé délectable.

 
Plus d'une fois, le film m'a fait frémir, par dégoût et/ou amusement.
Moi qui n'aime pas les piqûres et qui me souviens encore des perfusions qu'on m'a fait, dont je détestais rien que l'idée d'avoir un truc planté dans le bras comme une extension qu'on devait trimballer partout avec précaution, j'ai été bien ébranlé par la scène où une des filles arrache sauvagement sa perfusion, s'entaillant au passage.
C'est fou, mais j'ai stressé pour elle lors de la poursuite dans la maison. En plus son sang coulait. Une fois dans la piscine, j'avais carrément peur car je m'attendais à ce qu'elle se prenne l'aiguille de tranquillisant dans l'œil. C'est ce qui pouvait arriver avec le caractère imprévisible de ce fou furieux de chirurgien, mais aussi le risque qu'il vise mal. La fille se retrouve piégée dans l'eau, sa seule façon de s'échapper, un bref instant seulement, c'est de plonger. Et elle le fait, elle saisit cette occasion d'avoir l'illusion pendant un moment de pouvoir fuir l'inévitable. Mais là encore, sous l'eau, on voit toujours le docteur avec son fusil ; il pouvait encore tirer, et la flèche aller on ne sait où. Je m'attendais à voir une munition arriver soudainement pour crever l'oeil de cette pauvre femme.
Et ce vicieux de chirurgien, il actionne le volet qui vient recouvrir la piscine. Et il raconte qu'il va faire à cette inconnue la même chose qu'avec un de ses chiens qui, sait-on pourquoi, a voulu échapper à l'opération au dernier moment, à savoir qu'il va la placer au milieu du mille-pattes.

Le docteur Heiter dit "I hate human beings", ainsi on se demande pourquoi il passe avec douceur ses doigts dans les cheveux d'une des captives pour la réveiller. Ce que je m'imaginais est confirmé plus tard, c'est-à-dire qu'il commence à voir les trois êtres humains choisis pour son expérience comme des animaux, enfin, plutôt "un" animal.
"My sweet centipede", dit-il avec tendresse plus tard, caressant son nouvel animal de compagnie.
Il le dresse comme un chien, et les trois membres du centipede se voient obligés de se soumettre, car ils sont en position d'infériorité, et ne peuvent pas s'échapper ou se défendre. La punition est rude également, par exemple, mécontent de ne pas pouvoir dormir à cause des gémissements, le docteur a l'idée de faire subir une nouvelle opération au mille-pattes pour lui retirer les cordes vocales.
Le maître ne connaît pas le nom de chaque personne qui constitue son centipede, et en fait il s'en fout, la dernière il la nomme "end section", et après tout autrement ce serait comme si on donnait un nom à la patte arrière gauche de son chien, non ?


The human centipede est dérangeant par son sujet, mais bien plus horrible que je l'imaginais, car c'est viscéralement qu'il s'attaque au spectateur, faisant ressentir la souffrance de la chair de chacune des victimes.
C'est déjà douloureux de s'imaginer trois personnes se mouvoir en étant reliées "ass-to-mouth" (nouvelle définition du terme), mais le film nous montre aussi comment faire monter un escalier à un human centipede.
Normalement, il y a un truc qui cloche dans le plan du docteur, et c'est le fait que sa créature est polycéphale, chaque corps relié ayant sa volonté propre et dirigeant chacun deux paires de membres. Malgré tout, il faut qu'ils trouvent une solution pour faire passer des indications de mouvements et de directions. C'est compliqué pour deux des personnes parce qu'elles ont un cul dans leur bouche, et pour la troisième parce qu'il est un japonais qui ne parle pas la même langue que les deux américaines qui lui collent au cul.


Je me suis fait la réflexion vers le milieu du film, mais The human centipede est un film d'horreur moderne efficace avec une musique très effacée (je le voyais comme un défaut au départ), pas de jump-scares merdiques, et relativement peu de sang. Je n'attendais pas du tout cela de ce film, mais il marque vraiment la différence avec tout ce qui m'exaspère dans la plupart des long-métrages d'horreur de nos jours, qui croient qu'il faut toujours en faire des tonnes pour surpasser les autres, mais en utilisant les mêmes vieux procédés.
The human centipede va plus loin, mais sans nous balancer de gros trucs en pleine face ou nous briser les tympans ; il va plus loin en s'en prenant au spectateur à un autre niveau, et j'ai aimé la façon dont il m'a fait me sentir mal.
J'ai plutôt hâte de voir le 2 maintenant.

PS : Comme je m'en doutais, il n'y a rien à voir avec A Serbian film. Les deux films n'ont pas le même but.

Bande-annonce VO :

dimanche 9 octobre 2011

Night of the demon


Fiche du film :
Réalisateur : James C. Wasson
Scénaristes : Jim L. Ball, Mike Williams
Année : 1980
Genre : Horreur
Acteurs principaux : William F. Nugent, et euh... on sait même pas, il y a des rôles non attribués sur IMDB, et les acteurs principaux au générique du début du film ont juste leur nom et non celui de leur personnage.
Résumé : Un professeur et quelques uns de ses élèves se rendent dans une région où plusieurs personnes ont été portées disparues ou ont été retrouvées massacrées. Des empreintes de pas et une vidéo laissent à penser qu'il y a un Bigfoot dans les environs, mais les autorités ne font rien.
Accompagnés de la fille de la dernière victime en date, ils vont essayer de tirer les choses au clair.

Avis sur le film :
Pour moi Night of the demons (avec un "s" à la fin), c'était une trilogie où une bande de jeunes allaient dans un lieu hanté et se faisaient attaquer par une sorcière, quelque chose comme ça. J'étais tenté de regarder le premier de la série, et en voyant sur IMDB que le Angry video game nerd avait fait une vidéo à ce sujet, je suis allé voir ça. En réalité il se concentrait sur un film presque homonyme qui était sorti en 1980 : Night of the demon, au singulier. Les autres films, il ne faisait que les citer, tout comme pour le Night of the demon de 1957 réalisé par Jacques Tourneur.
C'est avec plaisir que j'ai découvert la version de 1980, où il est question d'un bigfoot meurtrier. Ca avait l'air complètement dingue, j'ai immédiatement eu envie de le voir.


J'ai vu peu de vrais films Grindhouse, mais il suffit de voir le début de celui-ci pour savoir que c'est un de ces bons vieux films d'exploitation.
Il suffit même d'écouter cette musique d'ambiance issue des tréfonds des 80's que l'on entend dans les moments tranquilles sans Bigfoot, une sorte de musique qu'on achète en cassette pour quelques dollars dans un bac de supermarché. Elle creuse un peu plus l'écart entre ce film et ceux plus sérieux et mainstream de la même époque, qui bénéficient de vraies compositions musicales.
Les scénaristes ont tout de même voulu donner à leur film plus de classe en ayant l'air d'avoir une structure quelque peu complexe, ainsi nous commençons par la fin, et pratiquement tout le reste est un énorme flashback concernant les péripéties du professeur et ses élèves.
Mais comme ils ne sont pas nombreux, ça réduit le nombre de victimes. Les solutions pour en tirer un peu plus de Bigfoot, c'est d'abord une vidéo amateure retrouvée dans les bois où l'on voit un type en costume poilu passer rapidement devant la caméra, ce qui suffit quand même aux élèves pour qu'ils s'écrient tous "ooooooh", et ensuite ce sont les flashbacks dans les flashbacks (un peu comme Le grand détournement ; "tu veux que je te raconte un souvenir ?").
Le professeur raconte aux élèves ce qu'il est arrivé à telle ou telle personne, ce qui permet au film de prendre le relais en montrant aux spectateurs ce qu'il s'est passé.
Autant en profiter au maximum : tant qu'à se servir de flashbacks pour nous montrer de la tuerie, mettons-y une scène de sexe aussi.
Les premières victimes présentées sont donc un couple qui fait l'amour dans un van. Déjà que le procédé est gratuit, on s'attarde sur l'activité à laquelle ils s'adonnent avant de faire arriver Bigfoot.


Pour les passages sanglants aussi, le réalisateur James C. Wasson souhaite tirer le maximum de ce qu'il a. Tout comme la scène de sexe, le décès d'un personnage se prolonge, le jeune homme massacré par la créature se retrouvant sur la vitre du van où il glisse aussi lentement et longuement que le sang coule autour de lui. Et plusieurs fois, nous alternons avec un contrechamp de la copine du personnage, qui crie mollement et par intermittences, sans ne rien faire d'autre, comme fuir par exemple.
Il faut garder en tête qu'ajouté à cela, il y a la musique d'angoisse vue par l'équipe de Night of the demon, à savoir une sorte de test d'orthophoniste. Vous savez, le genre où se succèdent des sons plus ou moins aigus pour tester notre ouïe.
C'est pire encore plus tard dans le film, quand la bande-son ne ressemble plus qu'à une sirène de pompier. Et pourtant, parmi les compositeurs, il y a l'inconnu Stuart Hardy mais aussi Dennis McCarthy, qui a travaillé sur la musique de plusieurs Star trek.
Concernant ces flashbacks, il y a la même formule plus tard, avec cette fois un type qui passait près de la forêt en moto. Lui aussi, même mourant, est assez patient pour arranger le caméraman, puisqu'il reste debout, immobile, devant son deux-roues, le temps que la caméra puisse effectuer un panoramique vertical sur le sang qui coule.
Il faut croire que James C. Wasson, tout content des effets et maquillages dont il a pu disposer, a voulu en profiter autant que possible, n'osant pas trop couper.
Et à chaque fois, c'est toujours le professeur qui, une fois que le groupe est arrivé en un lieu nouveau, dit quelque chose comme "oui, ça doit être ici qu'il y a quelques temps on a retrouvé un corps...", après quoi le film se sert d'un flashback pour donner à voir un meurtre supplémentaire.
Cela doit arriver au moins 4 ou 5 fois dans le film.


Heureusement, pratiquement chaque meurtre est très fun. Le moins amusant doit être une gorge tout simplement arrachée, mais en dehors de cela le film se montre très imaginatif : Bigfoot qui arrache un pénis, qui met la tête d'un homme dans un poêle, ou qui fait tournoyer quelqu'un tandis qu'il est dans son sac de couchage. Ce dernier cas fait penser à Vendredi 13 chapitre 7, à la différence près que ce dernier avait subi les restrictions de Paramount, alors que Night of the demon, fait en dehors des grands studios peu audacieux, se permet plus de violence. Et voir la créature faire tourner au dessus de sa tête ce pauvre infortuné est ridicule et à pleurer de rire.
Et pour ce qui est du meurtre le plus bizarre, c'est sans aucun doute celui où l'homme-singe oblige deux girls-scouts à se poignarder entre elles. On se demande déjà ce qu'elles font avec des couteaux à la main depuis leur apparition.
Night of the demon, c'est un peu tout ce que personne n'avait osé montrer sur Bigfoot. Le monstre n'a d'ailleurs pas eu tant de films que ça le mettant à l'honneur, il faut dire qu'il n'a pas grand chose de plus qu'un autre monstre, mais c'est en lui attribuant des capacités nouvelles que les scénaristes du film en question le rendent intéressant.
Ils se fichent de ce que peut faire ou non une créature primitive, et c'est justement l'incongruité et l'impossibilité que la bêtise de l'animal coïncide avec ce qu'elle effectue qui rend amusant le fait que Bigfoot se serve d'une hache, d'une fourche, et soit capable d'attacher un cadavre la tête en bas en ayant fait un nœud complexe.
Et toujours dans les curiosités concernant le monstre : il viole quelqu'un, et des hommes lui vouent un culte pour ne pas subir sa colère.


On ne voit pas bien Bigfoot avant la fin du film ; en fait il semblerait que les scénaristes, en plus du récit non chronologique, aient aussi voulu donner plus de style à leur oeuvre en faisant attendre la toute fin pour présenter fièrement le "démon" du titre.
La preuve en est aussi que le maquillage de la créature telle qu'elle nous apparaît à la fin n'est pas le même que celui très sommaire qu'on pouvait apercevoir brièvement auparavant.
Même si la caméra et le montage faisaient tout pour éviter qu'on voie son visage, dans la scène avec les scouts il était possible de le voir rapidement. En guise de visage, le monstre avait un masque inexpressif, ce qui explique qu'on ait voulu nous le cacher.
Enfin ça n'explique pas tellement la différence entre les deux maquillages.
Il y a aussi un bébé Bigfoot mort, et lui, ses ossements, dont en réalité on ne voit qu'un crâne plus proche de l'animal que de l'humain, n'ont rien à voir avec le bébé qu'on avait vu avant.
Evidemment, c'est les apparitions du démon qui sont les plus amusantes, et en réalité entre chacune d'elles il n'y a que des passages à vide et des discussions peu intéressantes, bien qu'on ne s'ennuie pas tellement non plus.
J'y vois surtout un remplissage.
La fin fait payer aux personnages leurs conversations trop anodines : ils se retrouvent tous coincés dans une pièce, à la merci de Bigfoot ; c'est le massacre.
Toute la séquence est au ralenti, et la musique, comme le monstre, se lâche complètement, elle n'est plus qu'une cacophonie qui fait penser que les compositeurs ont enregistré quelqu'un jouant n'importe quoi à la trompette, et ont ensuite fait encore plus n'importe quoi sur la table de mixage.
A part ça, il faut reconnaître que le film n'est tout de même pas trop mal filmé, il y a juste quelques maladresses. Je pense à ce gros plan des doigts de deux personnages qui touchent une même pièce d'échecs durant une partie ; on voit là une tentative d'imiter un cliché de la scène romantique, mais mal reproduit. Et pourquoi ne se toucher que du bout des doigts et, une fois que c'est fait, les immobiliser totalement ?
Il y a aussi les plans de nuit, où l'on ne voit pas grand chose, à se demander comment certains personnages peuvent arriver tout d'un coup et remarquer immédiatement qu'un de leurs compagnons a été blessé au dos.
Les acteurs quant à eux, même si pour la plupart Night of the demon est le seul film dans lequel ils aient joué, se débrouillent bien. Il doit n'y en avoir que deux qui ont eu une carrière dans le cinéma à côté : Michael Cutt, qui a eu des petits rôles dans Volcano ou Le collectionneur, et Jennifer West, qui a fait du porno.


Les scénaristes paraissent aussi avoir voulu faire quelques efforts en donnant une histoire et des intentions précises à Bigfoot : il voulait une progéniture pour ne pas que sa race disparaisse, et quand le groupe arrive sur son territoire l'un des personnages fait remarquer que la créature a tenté de les effrayer, sans quoi elle les aurait tués. L'un d'eux laisse à penser que le monstre a un plan qui leur est inconnu, mais cette éventualité est effacée quand ils se font tous lapider ; c'est dommage.
A la fin, le seul survivant prévient qu'il faut arrêter Bigfoot sans quoi il recommencera, mais personne ne veut le croire. Le démon est donc encore en liberté, et en plus de ça via ce personnage on nous dit clairement qu'il y aura d'autres victimes. Si ce n'est pas une conclusion malsaine, ça...
Il aurait fallu une suite à Night of the demon, en fait. Peut-être une trilogie à la Romero, avec "Dawn of the demon" et "Day of the demon".
J'espère un jour pouvoir faire la suite de ce film.

Extraits :