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dimanche 27 mars 2011

Rango


Fiche du film :
Réalisateur : Gore Verbinski
Scénaristes : John Logan, Gore Verbinski, James Ward Byrkit
Année : 2011
Genre : Comédie
Acteurs principaux : Johnny Depp, Isla Fisher, Ned Beatty
Résumé : Un caméléon bien seul dans sa cage de verre s'échappe, lors d'un bref incident sur la route, de la voiture de ses propriétaires. Il se retrouve dans le désert et erre jusqu'à trouver la ville de Poussière. Il se rend compte qu'il peut s'inventer une identité nouvelle, ainsi se nomme-t-il Rango et se façonne un passé de dur à cuire issu du Far West. Son mensonge se retourne de suite contre lui lorsqu'il est nommé sherif et doit se charger de tous les problèmes du patelin, à savoir les menaces comme les aigles ou Jack la Morsure, et la disparition de l'eau aux alentours.

Avis sur le film :
Le projet de Rango datait d'avant Pirates des Caraïbes mais Gore Verbinski, réalisateur du remake Américain de The ring, dut attendre de finir sa trilogie pour Disney avant de pouvoir développer son idée de western en film d'animation. Ce genre de long-métrage est une première pour le studio d'effets spéciaux Industrial light & magic tout comme pour le metteur en scène, qui pensait faire une coupure après avoir enchaîné les histoires de piraterie, sans prévoir le travail qu'allait exiger sa nouvelle réalisation. Au delà de la direction des équipes d'animation et du doublage, Verbinski a tout de même poussé la mise en situation jusqu'à la reproduction en studio du décor modélisé, pour enregistrer les voix mais également les expressions et déplacements des acteurs afin de les reproduire plus tard en images de synthèse pour rendre le film plus vivant.


Le cinéma d'animation a évolué ces dernières années, afin de correspondre à des enfants qui s'attendent à du grand spectacle, de l'animé qui relève du film d'action où tout bouge, tout  explose, et fait du bruit tout en étant drôle. La trilogie Toy story n'était déjà pas en manque de moments assez délicats en sachant qu'ils s'adressent à un jeune public ; un autre exemple serait la scène de Le monde de Nemo où les poissons échappent à un champ de mines sous-marin qui explosent les tympans des spectateurs, mais le plus significatif est certainement Ratatouille, chargé de tant de violence dès la séquence d'ouverture. Une vieille femme tirait sur le rat, détruisait l'aménagement de sa maison pour tuer ce rongeur, et ce dernier sautait de partout pour sauver sa vie ; il n'empêche que les enfants en rient, ne comprenant probablement pas le danger encouru par le personnage principal, qui aurait plutôt fait pleurer si le plomb lui avait troué la peau.
Il y dans Rango dès le départ des moments chocs, mais Rango n'est pas un film pour enfants. Dans le cas contraire, il faudrait s'inquiéter quant à ce que va devenir la jeunesse.
Ce film d'animation considéré par les distributeurs Français comme destiné aux bambins, à voir "Gulli" parmi les sponsors, il y a de quoi être surpris de voir assez rapidement des mariachis parler de "cojones", le personnage principal draguer un buste nu de poupée Barbie, avoir sa peau se craqueler au soleil, puis croiser un "roadkill" sur la route avec une trace de pneu en travers de son corps le maintenant au sol. Le film est d'ailleurs plein, malgré le ton enfantin conservé en toutes circonstances, d'images assez macabres tournées en dérision : des morts même s'il n'y a aucune goutte de sang, et des idées bien sinistres présentées sous un air innocent, comme pour ces mariachis apparaissant régulièrement et qui, à un moment, chantent et jouent alors qu'ils sont pendus, sans raison si ce n'est pour coller avec le thème de la condamnation à mort de la scène où ils apparaissent.
Il serait assez malsain de placer un enfant devant, qui va assimiler ces images sans y voir quelque chose de mal, mais contrairement aux distributeurs espérons que les créateurs de ce film ne l'ont pas conçu en premier lieu pour qu'il s'adresse aux mineurs. Aux Etats-Unis, Rango est classé PG-13, c'est à dire déconseillé aux moins de 13 ans, et pour une fois ce choix est justifié.



En dehors du déchaînement assez brutal d'énergie des premières minutes qui reviendra régulièrement, il y a surtout le scénario destiné avant tout à un public plus âgé qu'il n'y paraît. Les spectateurs qui ne peuvent pas encore comprendre des mots comme "métaphorique" pourront éclipser l'histoire pour ne retenir que les gags, mais à voir ce dont traite le film, il est définitivement fait pour les plus grands. Qui d'autre peut comprendre que l'esprit de l'Ouest est Clint Eastwood, que les deux hommes en voiture au début sortent tous droit d'un certain autre film de Johnny Depp, que la superbe BO est comme un grand mix Tarantinien de Morricone et de Zimmer ?
On le comprendra à la fin, le scénario amène à un but très classique où, après un voyage initiatique, le personnage principal qui s'est défilé comme le couard et l'imposteur qu'il est revient et devient un héros qui conquiert la jeune femme qu'il aime, alors même que leur relation est très peu développée. Cependant entretemps l'histoire paraît plus travaillée, et nous fait passer par plus d'un genre, partant du western pour donner l'impression de se retrouver dans un film d'action, de guerre ou de science-fiction par le biais de références réjouissantes. Et quel que soit le genre adopté, même lorsqu'il faut bouger la caméra en tous sens lors des moments intenses de poursuites, l'animation reste époustouflante et parfaitement maîtrisée. C'est d'autant plus surprenant lorsqu'on sait que Rango est le premier film d'animation de la société qui s'en charge. Non pas que les enfants n'aient pas droit à un divertissement de qualité, mais la perfection de certaines images, plus particulièrement quand le sable glisse sous les pieds du héros marchant dans le désert, prouvent que nous assistons à un spectacle de classe supérieure.
Les gags sont bien sûrs hilarants, les meilleurs sont complètement inattendus, et il y a une sorte de liberté nouvelle par quelques blagues qui sont à la lisière du grivois. Et pourtant, c'est du côté de la comédie que, étrangement, la qualité baisse pour se placer à hauteur des enfants. Dommage qu'il y ait ces gags trop simples, vus des centaines de fois, qui se basent sur une maladresse du personnage principal à qui il suffit de toucher un objet pour que tout s'effondre, ou encore plus bas de gamme : des pets.
C'est tout de même la bonne humeur durant la plupart du temps qui fait qu'à la fin les moments plus sombres fonctionnent encore mieux. La menace était déjà présente, comme un serpent vicieux qui s'était insinué au milieu du bonheur rien que par le fait que les personnages secondaires citaient le nom de "Jack la Morsure", mais elle ne se confirme qu'à la fin, et le contraste entre les deux phases du film est d'autant plus fort que des éclats de rire nous passons à un serpent des plus menaçants, une mitrailleuse à la place de sa cascabelle, doublé par un Bill Nighy à la voix sinistre.


Le plus surprenant est tout de même le fait que, devant ce spectacle magnifique, les spectateurs puissent se transformer en de grands enfants. Rango est un émerveillement qui se renouvelle sans cesse grâce à un rythme soutenu qui ne laisse aucun répit entre chaque scène, qu'elle aille à 100 à l'heure ou qu'elle soit plus narrative, et grâce à une densité des propos. Du western et autres types de films mélangés pour le délire nous passons aussi furtivement, avec surprise, à la dénonciation presque écologique de l'usage abusif de l'eau, puis une conclusion de conte initiatique, et finalement un message envers le vieilles légendes du western que le public n'oubliera pas de si tôt.

Bande-annonce VOST :

lundi 21 juin 2010

La fin de Freddy : L'ultime cauchemar


Fiche du film :
Réalisatrice : Rachel Talalay
Scénaristes : Rachel Talalay et Michael De Luca
Année : 1991
Genres : Fantastique / Comédie
Acteurs principaux : Lisa Zane, Shon Greenblatt, Lezlie Deane, Yaphet Kotto, Robert Englund
Résumé : En 1999, il ne reste plus qu'un seul adolescent à Elm Street. Ce dernier pense que la raison pour laquelle il est le dernier survivant est qu'il est le fils de Freddy, et ainsi le seul qui puisse le vaincre sans craindre d'être tué.

Avis sur le film :
Productrice sur presque tous les Freddy, Rachel Talalay passe désormais à l'écriture et la réalisation de ce qui est son premier long-métrage, avec l'idée en tête de tuer une fois pour toutes Fred Krueger, dont le nombre de spectateurs a décliné avec L'enfant du cauchemar, dans un dernier film plus axé vers le comique et qui ne s'en cache pas. Un humour latent était déjà présent dans Les griffes de la nuit, mais mêlée à une terreur qui s'efface complètement ici.


La comédie semble être un passage obligé de toute saga horrifique en fin de course, mais contrairement à d'autres La fin de Freddy réussit la transition grâce à des gags qui correspondent toujours à la personnalité du personnage éponyme et qui s'intègrent très bien dans l'univers des rêves.
Nous nous retrouvons dans un Springwood vide d'enfants, une perspective qui respecte la lignée des Griffes de la nuit, le boogeyman s'étant mis au cours du temps à ne plus tuer uniquement les enfants de ceux qui l'ont brûlé vif. L'état de la ville à la population vieillissante est une conséquence inéluctable de tous ces meurtres, mais est néanmoins un sujet prore au rire et bien utilisé selon le but recherché par le film, bien que la folie des habitants soit poussive.
Cependant c'est ce choix de faire dans le comique qui fait que le réalisme du maquillage de Freddy ou la raison de son retour n'ont plus autant d'importance que lorsque le sérieux était recherché, la visée du film n'étant plus la même.


L'ultime cauchemar ne se prend pas au sérieux, est sans prétention et auto-dérisoire, comme le prouvent la moquerie envers les citations du début apparues depuis Le cauchemar de Freddy, ou encore le constat des morts diverses effectué par le "maître des rêves" lui-même.
Ce qui n'empêche pas pour autant qu'il y ait de très bonnes idées, les scénaristes se servant toujours de la grande liberté au sein des songes, si bien que les mises en scènes des morts sont parmi les plus originales et distrayantes de la saga, preuve que ce n'est pas le nombre de meurtres qui compte.
Même Freddy paraît plus puissant que jamais grâce à des effets impressionnants qui vivifient ses pouvoirs, avec un Robert Englund qui s'éclate, et nous de même en le voyant déclamer ses répliques hallucinantes qui font aussi de Krueger un plus grand salaud qu'il ne l'était déjà.


Même s'il s'est inscrit dans le temps avec ses effets spéciaux datés et des gags périssables tels que l'allusion au spot TV "This is your brain on drugs" ou l'usage du Powerglove, Freddy a une fin à la hauteur de sa personne. Mort par "l'épée" par laquelle il a vécu, la source de ses pouvoirs dévoilée, c'est dans une explosion qu'il nous quitte après nous avoir généreusement alloué de bons moments d'amusement, comme toujours.

Bande-annonce VF :

dimanche 30 mai 2010

Les griffes de la nuit


Fiche du film :
Réalisateur et scénariste : Wes Craven
Année : 1984
Genres : Fantastique / Horreur
Acteurs principaux : Heather Langenkamp, Robert Englund, Johnny Depp, John Saxon
Résumé : Nancy et ses amis ont tous fait le même rêve étrange où ils sont poursuivis par un homme défiguré, habillé d'un hideux pull rouge et vert, et qui possède des griffes à sa main droite gantée. Ce qui semblait n'être qu'un cauchemar devient réalité lorsqu'il s'avère que ce tueur n'est pas le simple fruit de leur imagination.

Avis sur le film :
La fin des années 70 et le début des années 80 est une époque qui a vu poindre un grand nombre de "slashers", ces films où un tueur décime un groupe de personnages, le plus souvent des adolescents peu malins. La plupart de ces films n'ont été destinés qu'à un succès éphémère le temps d'un passage sur le grand écran, mais d'autres ont atteint une côte de popularité qui les a inscrit, eux et leur tueur, dans l'histoire du cinéma et la culture populaire ; c'est le cas d'Halloween en 1978 et Vendredi 13 en 1980, qui sont les figures de proue du genre.
Wes Craven, réalisateur surtout connu pour La colline a des yeux et La dernière maison sur la gauche, se lance lui aussi en 1984 dans le courant en faisant un slasher fantastique inspiré d'une série de faits divers qu'il avait lus, à propos d'un jeune homme qui refusait de dormir, jusqu'à ce qu'il soit retrouvé mort en plein milieu d'un cauchemar.


Cette idée de départ est essentielle, même si la seule originalité de Les griffes de la nuit n'est pas seulement l'apport du fantastique, car du côté du slasher habituel, les traits caractéristiques sont déjà plus recherchés que la moyenne des autres films du même genre. Les jeunes gens présentés eux-mêmes ne sont pas que voués à être des victimes, les situations qui les mettent en scène et les dialogues font preuve d'une imagination salutaire au lieu d'en rester aux discussions et blagues ineptes.
Néanmoins la force la plus remarquable du film se trouve face à eux, il s'agit bien sûr de Freddy Krueger, et tout ce qui fait sa spécificité de croque-mitaine : son origine, ses pouvoirs, son apparence, son attitude et son humoir noir.


Ce tueur agit dans les rêves, là où tout peut arriver contre notre gré, il les contrôle et s'y trouve dans une position de toute-puissance qui lui permet de résister aux blessures alors qu'il peut tuer ses proies. Avec son apparence de grand brûlé aux cicatrices encore sanglantes, son gant qui constitue une arme novatrice et sadique ; c'est la conjonction de tous ces éléments qui nous mettent à sa merci et le rendent terrifiant, et cette monstruosité est soulignée par un humour vicieux qui fait appel au malsain, Freddy allant jusqu'à se mutiler pour pouvoir rire aux dépends de ses victimes appeurées. L'interprétation de Robert Englund donne bien l'impression d'un tueur qui prend un plaisir pervers à tourmenter ses cibles, ce qui fait peur tout en provoquant un rire déplacé de par ce plaisir partagé.


Evoluant dans un univers obscur qui joue sur quelques effets de lumières qui, avec une musique envoûtante, rappelle un songe, interrompu seulement lors des soubresauts des poursuites sur fond de musique électronique inhabituelle mais d'un bon effet dynamique, Freddy est mis en valeur par des effets spéciaux impressionnants qui n'ont que très peu vieilli et dont on s'étonne toujours en se demandant encore, 26 ans après, comment ils ont été effectués.
Les griffes de la nuit est un film qui a réussi à surpasser ses homologues lors de sa sortie grâce à son scénario, sa réalisation et ses originalités, et qui est toujours aussi agréable à voir aujourd'hui pour ces mêmes raisons.

Réplique culte :
"This is god !" - Freddy Krueger

Bande-annonce VO :