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jeudi 11 mars 2010

Tokyo gore police


Fiche du film :
Réalisateurs : Yoshihiro Nishimura, Noboru Iguchi
Année : 2008
Genre : Action / Science-fiction
Acteurs principaux : Eihi Shiina, Yukihide Benny, Itsuji Itao
Résumé : Dans le futur, la police de Tokyo devenue privatisée doit lutter contre de nouveaux ennemis que sont les "ingénieurs", des êtres capables de transformer leurs membres manquants en armes mortelles. Ruka, devenue policière en ayant la motivation de retrouver le meurtrier de son père, est la meilleure parmi les chasseurs d'ingénieurs.

Avis sur le film :
Avec le réalisateur de Machine girl derrière la caméra en compagnie de l'un des scénaristes de Meatball machine, qui s'occupe également du scénario avec le second scénariste et concepteur des effets spéciaux de ce dernier film, Tokyo gore police était très prometteur.
Cela débute par une séquence d'apparence axée vers un cinéma plus grand public, avec même un aspect de film familial, mais c'est justement pour mieux saccager cette image trop classique en nous balançant soudainement un trop-plein de violence à la figure. Entre stupéfaction et soubresauts provoqués par le fou rire, il y a de quoi se dire que le film commence bien.


Une fois cette entrée en matière passée, nous ayant montré le rêve brisé de l'héroïne, s'ensuit un environnement correspondant à cette désintégration du bonheur trop parfait comme on le voit régulièrement au cinéma. La démence de l'introduction se poursuit, le décor d'un monde futuriste et pessimiste est posé, et cette société permet de donner libre cours aux fantasmes tordus des scénaristes.
Le premier combat nous présente l'un des ingénieurs dont les caractéristiques qui leur sont propres autorisent des débordements gores qui, comme toujours, visent la comédie créée par le ridicule de la débauche de sang et de démembrements en tous genres. Toujours dans un souci d'originalité, ce ne sont pas simplement les bras ou les jambes qui sont tronçonnés et séparés du corps, mais la bouche, les oreilles, les yeux, ou le nez. C'est impossible à concevoir réellement, mais c'est là que Tokyo gore police s'aventure sans honte.
Toujours dans le même but, la police de Tokyo est privatisée ce qui fait qu'ils concèdent à faire ce qu'ils veulent des criminels.


Depuis RoboCop, il est devenu courant d'utiliser l'insertion de coupures publicitaires durant le film pour faire le point sur une société futuriste décadente reflétant notre monde moderne. Sur ce point là, Tokyo gore police ne cherche pas à faire exception et réutilise ce procédé. Les spots sont ici essentiellement centrés sur les libertés prises par la police et sur le suicide, et au moins les résultats sont tous hilarants.
Mais côte à côte avec les divagations extrêmement sanglantes, sont apposés des passages contemplatifs par rapport à la beauté, par le biais figures féminines du film ; parfois les deux se retrouvent dans la même scène et sont du plus bel effet grâce à une esthétique typique des artistes japonais, à condition d'être tolérant face à ce genre de mélange expérimental.


Il est par contre fâcheux de voir que les élucubrations des scénaristes, même les meilleures d'entres elles qui atteignent des sommets, se perdent dans un récit trop long qui rend le rythme inégal. C'est réellement dommage, surtout avec le potentiel qu'il y avait comme le prouvent les noms de ceux qui ont participé.
Mais en dépit de ce défaut majeur, Tokyo gore police a le mérite d'avoir un esprit suffisamment malade et déjanté pour tamponner sur nos rétines des images d'une folie graphique sans limites.

Bande-annonce VOST :

jeudi 4 mars 2010

Machine girl


Fiche du film :
Réalisateur : Noboru Iguchi
Année : 2008
Genres : Action / Comédie
Acteurs principaux : Minase Yashiro, Asami Sugiura, Kentarô Shimazu
Résumé : Asami était une écolière normale, jusqu'à ce que son frère se fasse tuer par le fils d'un yakuza. Elle ne cherche désormais qu'à prendre sa revanche sur chaque personne impliquée dans le meurtre.

Avis sur le film :
Cette fois, le réalisateur Noboru Iguchi se lance vraiment dans le courant qui nous intéresse avec ce Machine girl grâce auquel il fait preuve de plus de professionnalisme et de sérieux, si on peut dire.
La scène d'introduction donne toujours le ton et est particulièrement réussie, il y a de quoi faire honte à des films d'actions à gros budget. La première scène d'action est très bien rythmée par la musique et par un montage dynamique, et l'étalage de violence et de créativité gore est immense. Les mâchoires en tombent tellement les astuces des effets spéciaux sont extraordinairement bonnes et l'orchestration des combats est remarquable, donnant un tout d'une grande puissance visuelle.
Si le concept de base fait penser à Planet terror, Machine girl va dix fois plus loin dès les cinq premières minutes qui sont à couper le souffle.
Mais un tel concentré d'énergie au début peut laisser à penser que la suite n'atteindra pas un tel sommet de fureur.


Pour une fois, le film prend le temps de nous faire connaître les personnages pour leur donner une vraie personnalité et une histoire à laquelle se raccrocher qui, pour ce qui est d'Ami, explique la soif insatiable de vengeance qui s'ensuivra. C'est ce qui fait que l'insertion de quelques éléments dramatiques fonctionne et donne l'occasion à Asami, l'actrice principale de Sukeban boy, de montrer qu'elle sait jouer comme il faut.
On suit également de temps à autres les ennemis, la famille de yakuzas ; leur environnement est bâti tandis que l'on suit leur quotidien peu ordinaire. Pour cela le scénariste-réalisateur s'est inspiré du Japon traditionnel avec son esthétique particulière, ses ninjas et ses yakuzas, mais en y ajoutant un gros grain de folie supplémentaire. Il est à remarquer que l'interprète du chef des yakuzas, Kentarô Shimazu, est formidable dans son rôle, on le croirait possédé par le démon qu'est son personnage. Sa femme et son fils sont aussi interprétés par des comédiens quelque peu délurés, qui donnent à leurs rôles un sadisme mesuré rehaussé par une touche d'arrogance et d'orgueil.


La démence initiale se réinstalle au fur et à mesure, et les sévices des personnages ne sont pas seulement dingues mais dégoûtants comme jamais, mais on prend bien sûr plaisir à y assister.
Le film réussit dans tous les domaines auxquels il touche : les scènes de combats sont impressionnantes par la coordination entre chorégraphie et mouvements de caméra, les effets spéciaux sont hallucinants, et il y a du gore plus qu'il n'en faut. Les idées sont novatrices tout en revisitant quelques classiques filmiques ou culturels dans un sens plus large : les ninjas et yakuzas (avec une allusion à Hattori Hanzo au passage), la guillotine volante redéfinie, la tronçonneuse façon Evil dead, la mitrailleuse ; ou encore des inventions stupéfiantes comme le "drill-bra".


Machine girl est le résultat maîtrisé de la mise en application des idées farfelues qui débordent de l'esprit tordu dans tous les sens de Noboru Iguchi. Avec un rythme qui ne faiblit pratiquement jamais, ce film est un tour en manège jusque dans les tréfonds d'une folie qui dépasse l'entendement commun. Machine girl est le produit d'un amalgame entre une culture cinématographique ingérée et réutilisée comme le ferait Tarantino, et la concentration du meilleur du pire d'une imagination détraquée ; mais cette œuvre va beaucoup plus loin qu'un Kill Bill qui reste relativement grand public et égale presque un Braindead quant à la quantité de sang versé.
De la scène d'introduction au final inouï, et avec seulement quelques moments de répit qui ne rompent pas pour autant la cadence, Machine girl est un feu d'artifice jubilatoire de sang, de démembrements et d'ignominie inventive qui partent dans tous les sens.

Bande-annonce :

mardi 2 mars 2010

Sukeban boy


Fiche du film :
Réalisateur : Noboru Iguchi
Année : 2006
Genre : Comédie
Acteurs principaux : Asami Sugiura, Kaori, Kentaro Kishi
Résumé : Sukeban est un garçon qui, à son grand désespoir, a le visage d'une fille. Etant trop turbulent, son père a l'idée de le punir en l'inscrivant dans une école pour filles dans laquelle il doit porter un uniforme classique et passer inaperçu. Mais il apprend bien vite que les écolières sont menacées par un gang qui dirige l'établissement.

Avis sur le film :
Avant de réaliser Machine girl et après sa carrière dans le porno, Noboru Iguchi effectue la transition avec Sukeban boy, l'adaptation en live action d'un manga qui avait déjà été porté à l'écran en 1998. Le thème du garçon obligé de se faire passer pour une fille est déjà adéquat pour figurer dans la filmographie d'Iguchi, à qui l'on doit également Robo-Geisha.


Sans que l'on ait encore pu se préparer à ce à quoi nous allons nous attaquer, ça démarre déjà sur les chapeaux de roues puisqu'on nous fait foncer directement dans le vif du sujet dès lors qu'un pauvre bougre crache son sang face à la caméra. Après quoi tous les éléments majeurs du film sont réunis : le sang, les blagues grivoises (lorsque le héros tient à bien montrer à ses ennemis qu'il est un homme) et pour couronner le tout le classique arrêt sur image durant le générique de début nous montre cette fois les méchants qui se vomissent dessus. Les bases sont posées.
Après la scène d'introduction et une fois l'histoire lancée, il est à remarquer que le réalisateur n'a pas cherché à adapter ce qui marche sur papier et non à l'écran. Cela donne des scènes d'une exagération inimaginable, les situations et dialogues héritent du ridicule du manga, on en rirait presque si le visage n'était pas crispé par la consternation. Le jeu des actrices, dont le talent est déjà à mettre en doute, en pâtit d'autant plus vu la débilité de leurs répliques et expressions faciales.


La consternation cède ensuite à l'incompréhension face aux idées les plus bizzares, sorties d'on ne sait où. Ca commence par un club d'humiliation dans lequel les filles apprennent à avoir honte, et les scènes de ce genre ne cessent avant la fin du métrage, qui se lance même dans le fantastique dans les dernières minutes. La seule explication de ces idées défiant toute logique élémentaire serait l'envie de rabaisser la gente féminine en profitant de nudité gratuite.
Y sont ajoutées des scènes d'action dans un même temps, et un autre problème de la transposition directe du manga est le rythme de ces scènes. Les plans et les actions doivent s'enchaîner très rapidement, ce qui est permis dans les pages du manga où on ne se pose pas de questions concernant les actions mises bout à bout, mais dans le film le montage devient chaotique, d'autant plus que les combats encombrés du grotesque général sont très mal orchestrés, voire ne le sont pas du tout.


Des gags que le réalisateur a cru drôles s'étirent en longueur et ridiculise encore plus le montage, le film n'a beau durer qu'une heure, ça paraît alors beaucoup plus long.
Sukeban boy se voulait très fidèle au support d'origine pour apporter un grain de folie supplémentaire, mais c'est finalement le ridicule puis l'ennui qui l'emportent par manque de maîtrise de la part de toute l'équipe du film.